merci Laurent de la remarque, et si triste que ton d’autres espaces soit en rade depuis un an après le travail que tu y avais fait, mais c’est aussi le fonds derrière ta remarque, non ?
chez tous les auteurs que nous respectons, et ceux que tu cites inclus, le temps de la correspondance "manuelle" faisait partie du rythme de travail, c’était le cas pour Blanchot et Michaux comme ça l’est encore pour Gracq
la part sociale de ce travail (les lettres de Proust ou de Kafka) est liée à la genèse de l’oeuvre, la prolonge ou la commente (Flaubert), voir les compils de cet adorable florilettres financé par La Poste, quand nous autres on bénévole
alors est-ce que techniquement ces auteurs se seraient glissés dans l’interstice du courrier électronique, ou du blog ? fiction vide — j’y pensais cet hiver en voyant dans la pièce à vivre de Gracq la télécommande pour son lecteur DVD (et son goût, à 95 ans et l’isolement, pour les documentaires d’histoire ainsi que les opéras) : même pour lui qui n’a jamais eu de machine à écrire, a toujours refusé, ce n’est pas la technique qui fait obstacle
la question profonde, renvoyant au "jour de silence" hebdomadaire de Michaux, c’est comment gérer l’éloignement et le silence quand le bruit et les images du monde viennent traverser la page même où on écrit, l’écran indéfiniment connecté
dans le refus d’adresse public (je mets le masculin pour reprendre le vocabulaire théâtre) se joue parfois une instance profonde du littéraire (comme lorsqu’on intervient dans une bibliothèque et qu’immanquablement vient la question "vous pensez à vos lecteurs quand vous écrivez" et qu’immanquablement je réponds "non")
dans la disymétrie auteur/lecteur qu’évoque Rebollar à propos de l’interactivité blog, je crois qu’il y a l’enracinement de ce dialogue non dialogue — de cette exposition (ma métaphore de prédilection reste l’atelier du peintre : le peintre travaille seul, mais sur le soir voilà les copains qui s’invitent, on boit du blanc sec et on discute — modèle qui valait encore dans les années 30 et 50, voir les textes de Ponge sur les ateliers de peintre ou les Carnets d’Hélion)
quelque part, pour moi — très subjectivement — et je ne pense pas qu’il s’agisse d’exhibition ni de culte de soi, encore moins de goût du commerce ou de résignation à l’univers marchand, notre dernière engueulade — c’est ce mot d’exposition qui me conviendrait bien : déployer du matériau qui force à la bascule
et chaque fois qu’on clique sur la mise en ligne, se demander ce qu’on a fuit du travail en se contentant du blog, le faire quand même — s’il y a une instance irréversible du travail, il saura surmonter ça aussi : et je n’écris plus jamais de lettres
merci Laurent de la remarque, et si triste que ton d’autres espaces soit en rade depuis un an après le travail que tu y avais fait, mais c’est aussi le fonds derrière ta remarque, non ?
chez tous les auteurs que nous respectons, et ceux que tu cites inclus, le temps de la correspondance "manuelle" faisait partie du rythme de travail, c’était le cas pour Blanchot et Michaux comme ça l’est encore pour Gracq
la part sociale de ce travail (les lettres de Proust ou de Kafka) est liée à la genèse de l’oeuvre, la prolonge ou la commente (Flaubert), voir les compils de cet adorable florilettres financé par La Poste, quand nous autres on bénévole
alors est-ce que techniquement ces auteurs se seraient glissés dans l’interstice du courrier électronique, ou du blog ? fiction vide — j’y pensais cet hiver en voyant dans la pièce à vivre de Gracq la télécommande pour son lecteur DVD (et son goût, à 95 ans et l’isolement, pour les documentaires d’histoire ainsi que les opéras) : même pour lui qui n’a jamais eu de machine à écrire, a toujours refusé, ce n’est pas la technique qui fait obstacle
la question profonde, renvoyant au "jour de silence" hebdomadaire de Michaux, c’est comment gérer l’éloignement et le silence quand le bruit et les images du monde viennent traverser la page même où on écrit, l’écran indéfiniment connecté
dans le refus d’adresse public (je mets le masculin pour reprendre le vocabulaire théâtre) se joue parfois une instance profonde du littéraire (comme lorsqu’on intervient dans une bibliothèque et qu’immanquablement vient la question "vous pensez à vos lecteurs quand vous écrivez" et qu’immanquablement je réponds "non")
dans la disymétrie auteur/lecteur qu’évoque Rebollar à propos de l’interactivité blog, je crois qu’il y a l’enracinement de ce dialogue non dialogue — de cette exposition (ma métaphore de prédilection reste l’atelier du peintre : le peintre travaille seul, mais sur le soir voilà les copains qui s’invitent, on boit du blanc sec et on discute — modèle qui valait encore dans les années 30 et 50, voir les textes de Ponge sur les ateliers de peintre ou les Carnets d’Hélion)
quelque part, pour moi — très subjectivement — et je ne pense pas qu’il s’agisse d’exhibition ni de culte de soi, encore moins de goût du commerce ou de résignation à l’univers marchand, notre dernière engueulade — c’est ce mot d’exposition qui me conviendrait bien : déployer du matériau qui force à la bascule
et chaque fois qu’on clique sur la mise en ligne, se demander ce qu’on a fuit du travail en se contentant du blog, le faire quand même — s’il y a une instance irréversible du travail, il saura surmonter ça aussi : et je n’écris plus jamais de lettres
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