Hadj el anka el hadj amar ezzahi guerouabi el hachemi yal maqnin zin kamel messaoudi chema’a yel harraz ya denia dahmane el harrachi ya rayah des voix d’hommes dans mon cœur d’enfant elles sont aiguës et lancinantes elles chantent des oiseaux qui s’enfuient, des chardonnerets aussi beaux que tristes, des feuilles qui s’écrivent, des feuilles qui pleurent, elles chantent l’exil, elles chantent l’aimé qui part, elles chantent l’identité qui vacille, l’incertitude de la mer et le sol que nos pieds foulent sans aucun doute, la mort des marins et la mélancolie des terrestres, et la ville, ma ville, construite comme des marches sur une falaise, des marches ou des cales pour qu’elle ne s’écroule pas, qu’elle ne s’effondre pas dans la mer, leurs chants lancinants tiennent, des poutres, leurs langues se ramifient, se font charpente, ossature de la ville, dont les lumières, tisonnier sans cesse chuchotant au fond de la nuit, sont soufflées par un soleil ardent le jour, et alors éclate la beauté des murs, des murailles, des arcades et des frontispices d’églises ou de mosquées, des immeubles haussmanniens, des volets bleus rivalisant avec l’œil brulant du ciel, des escaliers cachés dans des contre-allées, des escaliers qui soutiennent des immeubles entre eux, des escaliers qui sont des ponts vers là-haut, des escaliers des habitations à loyer modéré aux marches de la casbah de mon père, aux terrasses distribuées comme autant de marches vers l’éternel, des maisons, des grottes, et alors éclatent les chants, depuis ces maisons cryptes, les voix des troglodytes habitant le cœur de cette ville dans la ville résonnent, dans cette forteresse faite de roseaux, une population de grimpeurs et de grimpeuses, dans une course chaque jour renouvelée vers le sommet du rocher, la mer aux trousses, les oreilles pleines de ces mélopées, de ce chaâbi chaloupé, psalmodié par les voix de ces hommes sirènes, qui font battre le cœur, qui le soulèvent, l’entaillent, lui font rater une marche, en révélant l’âpreté de la vie, l’injustice du temps et la profondeur noire des yeux. Cette musique pulse dans les artères de ma ville, elle inonde les ruelles, se déverse par flots, se vit et s’écoute intensément, elle est le seul écho de ceux et celles qui hantent ma ville, leur seul bruit, concurrençant celui inlassable de la mer qui s’agite, qui murmure et rappelle que les murailles ne seront jamais assez hautes, que les remparts ne seront jamais assez épais, que le rocher continue de s’éroder chaque heure par l’action des vagues qui s’abattent, et lèchent les talons de ceux qui tentent de s’échapper […]
2 commentaires à propos de “#construire #02 | échos”
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beauté de cette ville bâtie sur des chants, bâtie sur les échos que ses circonvolutions produisent — dont ce texte regorge, résonne
Chaque mot est beau, chaque marche, et le rythme de votre écriture. Merci.