M. jette les déchets de coupe, les cartons de livraison, les plantes malades ou mortes en toute discrétion. Pendant ce temps, J. nettoie avec un carré en microfibre imprégné de nettoyant le banc de fleurs central et les étagères sur les côtés qui montent presque jusqu’au plafond. Après lavage, elle essuie le bac en inox qui derrière la vitre entre la boutique et l’arrière-boutique. Puis elle attrape un plumeau et époussète avec soin le présentoir des roses éternelles, roses rouges vif figé pour l’éternité comme dans les contes. De la poussière vole un peu dans la boutique. On la voit en suspension dans l’air lorsqu’il fait soleil. M. chantonne un air méconnaissable en rangeant les caches-pots et les pics décoratifs, ornements sur tige en bois surmontée d’un petit ours ou d’un sapin, d’un cœur rouge ou d’une chauve-souris, qui agrémentent parfois les compositions florales selon les périodes, Noël, la Saint-Valentin, la Toussaint. Le dimanche après-midi, M. répare les étagères un peu trop branlantes. Cette semaine, il changera l’interrupteur de la réserve du sous-sol dont la trappe est juste devant le comptoir. Il repeindra le plafond de l’arrière-boutique dimanche après-midi après la fermeture de 14 h. La semaine prochaine, il emmènera la fourgonnette blanche avec la publicité de la boutique peinte sur les côtés, « Les fleurs de Joséphine » en écriture torsadée et fleurie. Il remettra le réseau en marche et fixer le câble RJ 45 du réseau qui va du bureau au fond de l’arrière-boutique jusqu’à la caisse, la stagiaire en alternance s’est pris les pieds dedans. Elle n’est pas tombée en arrachant tout le fil fixé au mur. J. pense toujours à remplir le présentoir de papier de soie rose et vert. Le soir, elle classe les factures des fournisseurs pour le comptable, règle les factures en attente, passe les nouvelles commandes, vérifie les stocks enregistrés sur l’ordinateur. Elle nettoie toutes les semaines le petit coin cuisine de l’arrière-boutique où il y a un micro-ondes dans un coin, deux chaises et une petite table ronde de bistrot. Dans la boutique, J. ou M. passe le balai partout avant de passer le balai-trapèze qui glisse sous les étagères, la serpillière microfibre est maintenue en place par velcro. Le tissu ramasse tout les débris qui traînent au sol. Sur le carrelage, les traces s’effacent. Au deuxième passage tout est nickel. Pour J., l’impression de propreté d’un lieu est importante. Elle ne veut pas d’eau de javel, jamais dans la boutique, c’est mauvais pour les plantes. Elle prétend que l’odeur est trop marquée, que cette odeur rappelle la façon de nettoyer des pauvres. Il ne faut pas faire fuir la clientèle, elle préfère un désinfectant à l’odeur fleurie. A chaque changement de vitrine, M. prend en photo la devanture. Il tient un album depuis l’ouverture du magasin en 1985. En 2010, il est passé de l’argentique au numérique. J. époussète le cadre de la photo du mariage de la fille cadette. Elle avait composé le bouquet de la mariée. Dans la boutique, on ne voit aucune photo de l’aînée, mais J. garde cachée dans son portefeuille une photo d’elle alors qu’elle n’était qu’un bébé âgé d’à peine quelques jours.