#construire #02 | expansions

visage en noir et blanc les yeux clos en photo  visage penché sur une vieille partition visage tout ridé de  pomme sauvage c’est la réverbération à toujours être dehors visage sans âge faisant penser à d’autres visages  en sueur avec coulées qui emportent la poussière d’orge visage revenant visage au temps du service James Dean on dirait visage d’enfant dans la ronde avant-guerre visage du non-dit visage dans la cour d’une ferme visage d’une  famille  visage méconnaissable c’est la faute à Rousseau visage ressurgi dans le tien appel du visage  celui qu’aveugle tu regardes en le touchant  visage de la nuit visage en rêve  un mot seulement mais en plein dans le ventre  et des milliers de visages dans la rue depuis       

un petit grain dans la poche  grain tombé de haut fendu comme pain miniature  le bruissement du blé qui coule dans la remorque des milliers de grains  pleuvent sur la grille tremblante du tarare séparation du léger et du lourd volent glumes et glumelles les jumelles donnent un coup de main ou jouent à plonger les bras dans le tas de grains qui grandit à vue d’œil les sacs de jute sont prêts  fixés à l’embouchure grains engloutis par la machine gloutonne sacs pleins  bonne et mauvaise graine noyées avec les millions de grains en attente dans les silos des coopératives petits grains destinés à être broyés transformés petits grains de quoi on se mêle petits grains dans les habitacles  des  cahiers numérisés grains de moindre importance. Mais grains

Chants tant de chants deux voix trois voix quatre voix mille voix chant silence  chant du cygne chant du crapaud chant infime chant du rossignol chant intime chant de l’hirondelle du faubourg chant des gouttes d’eau chant du champ carmina chromatico  carmina burana carmen chante encore chant malgré tout voix cantate voix de la beauté fréquentée il chante qu’il n’en a rien gardé  fréquence des origines gwerz des solitudes collectives  chant persan calligraphie vocale gwerz de l’enfant naufragé gwerz de Kiev  gwerz du champ des os c’est ton tour chante  voix du souterrain, basse continue reliée au sol des origines voix de poitrine voix de tête voix de gorge, voix du milieu voix aiguë  voix dans les graves sans voix cantate  chants des mondes chants des mots mêlés chant des morts  chant des vivants  chœur si seulement chœur ce soir il y a répétition

A propos de Christine Eschenbrenner

Génération 51.Une histoire de domaine perdu, de forteresse encerclée, de terrain sillonné ici comme ailleurs. Beaucoup d'enfants et d'adolescents, des cahiers, des livres, quelques responsabilités. Une guitare, une harpe celtique, le chant. Un grand amour, la vie, la mort et la mer aussi.

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