#construire #03 | Lente glissade jusqu’à flotter


Prémisses passés inaperçus — C’est un film avec tu sais là elle avec les cheveux blonds un film de tu sais là celui qui a fait tu sais là je me souviens que le titre était mal traduit. C’est seulement à la page dix que résonne la petite sonnerie du déjà lu mais oui confusément le cerveau reconstitue l’histoire on tourne les pages piquant une phrase par ci par là jusqu’au dernier chapitre les dernières pages la fin sans surprise déjà lue pas reconnue. C’est compter et recompter par sécurité le résultat est différent recompter une troisième fois qui confirme la première le doute alors il faut une quatrième fois. C’est mercredi prochain oui ou attend peut-être jeudi je vérifie ou alors c’est le suivant. Tellement de choses dans la tête. C’est bien à vingt heures j’ai un doute pourtant depuis le temps tous les lundis depuis quinze ans mais là je me demande peut-être vingt heures trente j’ai pas écrit ça nulle part pas la peine c’est bien vingt heures ah non vingt heures trente c’est bien ce que je me disais je sais pas pourquoi j’ai eu un doute avec tout ce qui change au moins ça c’est toujours pareil. Tellement de choses à penser. — Légère perte de confiance. —C’est un sujet en partage entre nous les oublieux on se rassure de nos troubles en miroir. C’est souvent de sentir les mots qui se refusent d’essayer de rattraper les mots qui s’échappent il en vient d’autres mais pas ceux qu’on voudrait d’autres qui se présentent pour faire office mais non pas question on veut le bon ça énerve ça dure . Petites peurs devant petits vides. C’est quelques fois combien de fois chaque semaine chaque jour plusieurs fois dans la journée — Passages à vide — C’est dans la voiture quand l’esprit s’est un peu baladé s’est échappé pour écouter ce morceau ou peut-être est occupé à chanter bien fort comme il est plaisant de le faire en voiture c’est au moment où l’esprit revient à maintenant sur la route où il reconnaît bien ou pas bien ou pas sûr et le délai est un peu long avant de reconnaître que c’est bien la rue où je passe tous les jours mais ce café là il était déjà là c’est un peu long avant de dissiper le trouble pour se retrouver en terrain connu sans hésitation. C’est un peu inquiétant comme le familier peut devenir étrange — Confusion — C’est réfléchir un peu plus longtemps pour enfiler ce pull réfléchir pour se représenter le pull une fois enfilé imaginer comment le tenir et par quel bout passer la tête puis les bras pour qu’il soit correctement enfilé avec l’étiquette derrière dans le cou se focaliser sur l’étiquette et tenter de suivre le trajet qu’elle fera et tenir le pull de la bonne façon pour que tout se passe bien pour que l’encolure se positionne avec son côté le plus profond devant mais aussi que l’étiquette soit derrière et à l’intérieur on ne doit pas voir l’étiquette une fois le pull enfilé. — Destruction des automatismes.  — C’est aller dans une pièce pour chercher ne plus savoir quoi oublier qu’on le veut retourner dans le fauteuil laisser la fatigue envahir laisser les pensées s’échapper vers des souvenirs plus réels que ce brouillard présent. C’est se demander qui a mis le sel dans l’armoire de la chambre à coucher entre deux piles de chemises et d’ailleurs à qui sont ces chemises jamais vu ces chemises. — Glissement. — C’est relire le même journal et le relire encore et chaque fois s’étonner des mêmes choses réagir avec la même colère aux changements déjà vieux. — Changement d’espace temps. — C’est lâcher le déroulement ordonné des jours pour se glisser entre les couches de souvenirs entremêlés et juste remonter parfois pour respirer.


A propos de Isabelle Charreau

j’arpente plus facilement les chemins de terre que les pavés de la ville, je fréquente l’atelier pour le plaisir comme des gammes, sans projet de partition

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