#construire #04 | mini-vélo

Tu appuies de toutes tes forces, tends tes petites jambes, soulève tes fesses de la selle du mini-vélo, mains serrées sur le guidon, dure la montée, longue la montée, à gauche l’école, l’école fermée, l’école aux volets toujours fermés, l’école on dit, drôle d’école sans élèves, drôle d’école sans maîtres et maitresses, sans cris, sans sonnerie, jambe droite, jambe gauche, un peu de transpiration sur ton front, tu pédales lentement, de toutes tes forces pourtant,  du gravier, tu pédales, ne pas glisser, ne pas tomber, ne pas se racler les genoux, souvenir des graviers incrustés dans la peau, peau, trouée, sang et gravier mêlés, virage en épingle à cheveux, prendre à droite, au plus large, l’odeur de la bergerie, crottes sous les roues, rouler dessus, crottes écrasées, s’aplatissent sous la roue, se collent à la roue, emporter l’odeur avec toi, amorcer le premier virage, te mettre à l’abri du haut mur de pierres, sous son ombre fraiche, mur écrasant, surplombe tout le hameau, au-dessus les châtaigniers, les bogues sur la route, trop haut pour tes jambes, tu longes le mur, déjà bien pentue la montée, tu avances lentement, tes fesses ont retrouvé la selle, un faux plat, le claquement des morceaux de cartons pincés dans les rayons de tes roues comme seul bruit, tu pédales, écoutes le tacatac des bouts de carton, tu freines brusquement, la lumière a changé, plus de soleil, plus de lumière, la froidure, le lavoir, comme une grotte, le froid de l’ardoise, tout glisse ici, aucun bruit, pas même le tacatac du carton, tu  t’approches près des bacs, t’allonges et laisses tremper ta main, tu regardes ta peau rougir  sous le froid, déjà tu trembles, te relèves, enfourches ton vélo, les trois maisons, la place du hameau, au-dessus la croix en fer, dentelles de fer, ça monte encore, ça n’en finit pas de monter, un hameau fait d’une seule route, serpent de béton, en son centre du gravier, de l’herbe qui pousse sur le gravier, serpent étroit entouré d’herbe, de talus, de murs de pierres, de maisons parfois, de prés souvent, à nouveau ça monte raide, faut te hisser sur tes jambes, tu irais plus vite à pieds, tu ne mettras pas le pied au sol, tu pédales, ne pas redescendre, ne pas partir en arrière, tu appuies de tout ton petit corps sur la pédale, jambe droite, jambe gauche, le sentier qui contourne la maison, sentier en terre, la maison à façade blanche, du lierre accroché au grillage, un balcon au dessus de toi, de tout ton corps sur les pédales, droit sur ton vélo, à ta gauche le sentier, un sentier dessiné dans l’herbe piétinée, tu pédales, corps levé, dressé, tu contournes le jardinet, le grillage, tu aperçois le gravier blanc, rond, du jardinet, tu pédales, une maison encore, les clapiers, tu pédales, plus que quelques mètres, et tu le vois le panneau, le panneau au nom barré, le panneau qui indique l’arrivée, le panneau qui indique la limite, la limite pour toi autorisée, le moment de savourer, le moment de te reposer, de mettre pied à terre, le temps de faire demi tour, le panneau qui dit que maintenant il va falloir se retourner, revenir, qu’il va falloir freiner, que tu vas pouvoir lever les pieds, regarder les pédales tourner seules, que tu vas rentrer. 

A propos de Betty Gomez

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