Tout a commencé il y a longtemps, à l’intérieur, quand les questions se posaient de trouver les mots justes pour dire l’émotion, ou raconter une histoire importante pour soi qui, quand on la racontait, ne produisait aucun effet, et même si ce n’était pas l’effet qui était recherché, la perception de la platitude du récit poussait à se demander comment on pouvait décrire les faits vécus afin que s’exprime ce qu’on avait soi-même ressenti; ça a commencé bien avant l’écriture donc, en se demandant comment on pouvait dire l’indicible, par exemple je t’aime papa (qu’on n’a jamais ni dit ni écrit) bien avant le projet d’écrire (d’ailleurs, il n’y a pas de projet, des idées, des envies, des velléités, oui, de petits plaisirs, des angoisses profondes, des lettres quotidiennes depuis le 29 novembre 2024, des ateliers stimulants, des jeux d’écriture, des bribes de journaux, des notes sur un même livre depuis aujourd’hui 1393 jours, mais pas de projet d’écriture finalisé, pour qu’il y ait projet, il faut un but, les moyens rassemblés pour l’atteindre), oui, ça a commencé comme ça, sans début, par le désir de dire et de partager ce qu’on voyait, ce que l’on comprenait du monde, ça a commencé par un souci (comment dire?) et une calamité (tout à déjà été dit et bien dit et mieux dit que ce qu’on ne pourra jamais écrire), et si « le tout est de tout dire », il ne suffit pas de commencer, parce qu’aucun début ne permet de trouver l’origine et pour qu’il y ait un début, il faut qu’il y ait une fin, un après-coup, pour que se pose un il était une fois, ou peut-être, peut-être, oui, que ce qui a commencé il y a longtemps n’attend plus qu’un pas, un saut, une chute, une catastrophe, un oubli de tout, pour en inventer le début.