
Parallèles, les ombres des arbres couchées sur la route, lignes épaisses qui avancent devant ton œil quand tes pas te font avancer. Des lignes qui bougent avec toi et des lignes qui bougent seules, mais que tu ne vois pas bouger. Tes yeux voient le gris foncé sur le gris clair, les lignes d’arbres qui laissent une place au goudron de la route, aux graviers, au papier de bonbon qui traine à la limite entre la route et l’herbe. Tu vois des lignes, des ombres de lignes, des ombres de troncs, des lignes pas complètement droites, des lignes qui suivent la courbe du talus, des ombres des arbres qui ont perdu la tête au sommet du talus.
Parallèles ou presque, les membrures du bateau. Par la petite fenêtre, l’œil collé au carreau sale que tu avais frotté de ta main sale aussi. Les côtes du bateau alignées sur leur courbe. Même sur la pointe des pieds, pas moyen de voir tout, l’endroit est trop petit et trop peu éclairé, juste un côté de bateau et encore pas entier. Juste regarder vite quand personne ne te regarde, un coup d’œil clandestin sur ces bois alignés pour devenir bateau, ces bois presque parallèles, même distance entre chaque, presque tous la même forme, presque tous la même taille, mais à quelque chose près, quelque chose qui ferait qu’avec une peau de planches posée sur ces membrures, ça ferait un bateau, un vrai bateau vivant.
Parallèles devant toi, les dos de tous les autres penchés sur leur copie. Enfin juste parallèles parce que tu vois de haut, toi qui pourtant es bien assise là, juste au bout de la ligne presque au milieu, mais tu les vois d’en haut, toi ta copie est blanche, et les bords du papier bien parallèles aux bords en bois de la petite table, tu as le levé les yeux, tu as levé la tête, tu vas bientôt te lever, te lever et sortir et puis laisser ces dos penchés sur leurs copies
Parallèles les vagues qui arrivent sur la plage, elles se suivent, se repoussent, se bousculent et se repartent, mais toujours parallèles. Ton œil est préparé à chaque nouvelle vague, ligne blanche mousseuse, quelques bulles en arrière, parfois quelques grains de sable, ton œil suit la dernière qui monte sur la plage et reflue avec elle, puis passe à la suivante, la suit dans sa montée vers le haut de la plage, note son apogée et puis suit son retour jusqu’à ce qu’elle rencontre la vague qui la suit et que tu vas aussi suivre de ton œil oscillant comme tu avais suivi et la vague d’avant et toutes les vagues d’avant
Parallèles les nervures de chaque côté de la feuille, parallèles entre elles et aussi symétriques avec celles d’en face de l’autre côté de la ligne qui désigne le milieu. Des nervures parallèles que ton œil peut suivre, du milieu jusqu’au bord, du bord jusqu’au milieu et ensuite il suivra la nervure d’en face avant de passer à celle qui lui est parallèle, peut-être plus petite ou bien un peu plus longue ça dépend de la feuille, de la forme de la feuille, dans laquelle ton œil, quand il y réfléchit voit les côtes d’un bateau écrasé par le temps
Parallèles les fils de la toile d’araignée, parallèles chacune dans son quartier, sa part, parallèles ces fils qui sont de plus en plus longs au fur et à mesure qu’on s’éloigne du centre, si bien que dans très loin, dans la fin de la toile, ton œil qui a suivi tous les fils parallèles aura presque l’impression qu’il a suivi un cercle tant il sera immense, le fil de la fin, lui le plus loin du centre
Partout, ton œil rond trouve des parallèles, des parallèles toujours qui ne se rejoignent pas
Codicille :
Davantage de temps pour écrire et aussi pour tortiller la proposition. Une histoire de parallèles donc, un mélange d'un peu tout, je ne sais pas encore trop ce que ça va construire, mais on verra. Même si possible de rattacher ça au projet Mow, ça s'en éloigne aussi un peu, peut-être un tournant avec ces parallèles ?