arts de la fiction # 03 | hors champ

Rue des écoles dans la banlieue, l’épicerie, l’école publique et tout au bout avant l’entrée du parc, l’institution. Une enseigne avec son nom gravé dans le marbre, une sonnette, une porte cochère verte. Le bâtiment est constitué de deux étages en brique et meulière avec des fenêtres qui donnent sur la rue, on peut apercevoir des traces de craies ou plutôt de coup de tampons autour de l’embrasure. Accolée au bâtiment, une petite maison bourgeoise, la maison de la communauté.

A l’intérieur, un grand hall, une conciergerie, une banquette. La porte est fermée, une petite lumière rouge visible sur le côté. La salle des professeurs, deux salles de classes. Les murs sont peints en bas de couleur marron et en haut beurre frais, des portes manteaux et des sacs pendus ou vautrés. Le hall ouvre sur un escalier volumineux avec une rampe en bois qui monte aux classes supérieures, il est suivi dans l’angle par un escalier étroit en spirale qui mène à un débarras. Le sol est carrelé de carreaux bordeaux avec des taches blanches teintées dans la masse, dans les salles de classes, du parquet, les cartouches coincées entre les lattes et plein d’autres choses encore. Si l’on continue le hall, on débouche sous une marquise ouvrant sur la cour. Quatre marronniers. Les racines soulèvent le goudron, on joue aux billes dans les trous.Trois classes donnent sur la cour avec des fenêtres en verre cathédrale. Les coins stratégiques, les lavabos, les cabinets avec leurs portes ajourées en haut et en bas, le grillage de l’autre côté donne sur une rue en pente d’où l’on peut voir les passants qui regardent aussi les élèves et la terrasse du préau dont les coins sont convoités, c’est là qu’ont lieu les conciliabules et les discussions de celles qui ne jouent plus.

Scènographie :

Plongée sur la cour, sonnerie, les élèves en tablier se mettent progressivement en rang et rentrent dans les classes, la cour redevient calme, il reste des pulls oubliés près des troncs des marronniers. C’est un après-midi de novembre. La sœur dominicaine, robe et scapulaire blanc, guimpe blanche et voile noir ferme la porte après un dernier regard sur la rue déserte.

Travelling A, une élève arrive en courant au bout de la rue, essoufflée. Elle accélère devant les ouvriers casqués qui réparent la chaussée, ils la suivent du regard en lui disant jolie mademoiselle avec des bruits de bisous. Elle est habillée avec un uniforme, pull bleu et jupe bleu marine, col claudine et chaussettes accordéon sur souliers bleus, elle s’arrête derrière une voiture, regarde l’horloge sur le fronton de l’hôpital, reprend son souffle car elle a un point de côté, puis descend en marchant la rue des écoles. Gros plan sur la porte fermée, la fenêtre ouverte, on entend le bruit des copies froissées et la voix du professeur qui donne des consignes. zoom sur le doigt qui appuie sur la sonnette. La porte s’ouvre automatiquement sur le hall vide. La fillette que l’on verra toujours de dos, caméra à sa hauteur, commence à traverser le hall puis se retourne brusquement et se met à courir en sens inverse, se faufile à travers les battants de la porte qui se referme, remonte en courant la rue, grimpe les escaliers roulants de la gare, retrouve une amie qui l’attend sur le seuil et lui dit, je croyais que t’étais pas cap, elles descendent quatre à quatre les escaliers qui vont sur le quai, s’engouffrent dans la rame du train.

Nuit 1 :

Les deux gamines dans une salle de cinéma à moitié déserte. Leurs visages bleus éclairés par l’écran. Deux petits visages perdus parmi les sièges vides, la lumière verte sortie au fond, au loin, contraste avec les gros plans sur l’écran avec les visages de deux enfants. Une très jeune adolescente encore presque enfant et son kidnappeur un jeune homme un peu simple. Elles ont le même âge que la Drôlesse sauf que le film se passe à la campagne et qu’elles sont de la ville, elles s’identifient complètement à ce qui se passe sur l’écran.

Nuit 2 :

éclairage néon du train, puis du quai de gare, les petites s’entendent sur les phrases qu’elles diront chez elles. La porte s’ouvre sur la maison, la mère entre deux portes, ah, c’est toi, vite on passe à table. Gros plan sur l’assiette à soupe.

A propos de Hélène Boivin

Après avoir écrit des textes au kilomètre dans un bureau, j'ai écrit des textes pour des marionnettes à gaine et en papier. Depuis j'anime des ateliers d'écriture dans des centres sociaux et au collège. J'entretiens de manière régulière ma pratique auprès du Tiers-livre.

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