A propos de Émilie Marot

J'enseigne le français en lycée où j'essaie envers et contre tout de trouver du sens à mon métier. Heureusement, la littérature est là, indéfectible et plus que jamais nécessaire. J'anime des ateliers d'écriture au lycée et maintenant un peu ailleurs. C'est l'horizon mais beaucoup de chemin encore !

boost #11bis | La Ville-Feuille de nuit (variation 1) : les Falaises bleues

avant C’était une nuit sans lune et de mer calme. Une nuit de paupières fermées. Une nuit que le Veilleur avait soigneusement choisie. Une nuit qu’il avait visitée en rêve. Mais le rêve s’arrêtait à chaque fois au bord de la Ville-Feuille. A sa lisière. Au bord de souvenirs dormants. Au bord du désir.  Nous cheminions donc sous la face Continuer la lectureboost #11bis | La Ville-Feuille de nuit (variation 1) : les Falaises bleues

boost #11 | La Ville-Feuille de nuit

Pouvoir croquer un bout d’obscurité pour faire un trou dans la nuit, voilà ce qu’il faudrait. Mais quoi derrière ? Nous n’avions jamais pénétré la Ville-Feuille de nuit. Nous avancions prudemment, mains tendues. Et nous tâtions l’obscurité comme l’on tâte les murs d’une pièce plongée dans le noir.  A chaque pas, nous prenions le risque de disparaître, d’être avalés. Engloutis. La Continuer la lectureboost #11 | La Ville-Feuille de nuit

boost #10 | aller, et tenir promesse

Aller ! où rêvent tous les désirs palpitants sur les bords de pores de ta peau, frémissants, et tes doigts sur la carte qui leur disent : « C’est pour bientôt ! » Aller ! où rêvent tous les désirs emmêlés dans les fils d’araignée de ton cerveau, empêtrés, mais bien vivants, et certains matins, rugissants Aller ! ouvrir la porte de la chambre noire, secouer la Continuer la lectureboost #10 | aller, et tenir promesse

boost #09 | intérieur nuit

La nuit est épaisse dans la chambre. Nuit-poix derrière les volets bien clos, et la solitude bien enfermée dedans avec, tellement que la chambre, on dirait une nuit de conte, une forêt sombre où il serait impossible de distinguer les petits cailloux semés, une nuit de monstres sous le lit, tapis, une nuit aveugle à la lune et aux étoiles, Continuer la lectureboost #09 | intérieur nuit

boost #08 | cailloux de temps

Un temps-nuit aux lourds battements d’ailes, grillagé, encagé et des larmes dedans. Un temps qui va pas à pas sur le gravier, goutte-à-goutte de secondes avec un cri dedans. Un temps suspendu accroché aux nuages trempé d’étoiles traversé de grands vents qui rêve d’éternité. Cri et souffle expulsés du néant et sitôt avalés par le temps vif en cavalcade neuve. Continuer la lectureboost #08 | cailloux de temps

boost #07 | conjurer l’angoisse

Tenir ta peau et ton corps dans le creux de mes mains et les glisser dans mon sac en guise de talisman Avant d’ouvrir la porte, pour conjurer l’angoisse, accomplir les petits gestes du matin un à un comme on effeuille le jour Boire son café à petites lampées avec la sensation d’absorber les secondes et de faire corps avec Continuer la lectureboost #07 | conjurer l’angoisse

boost #06 | Trois visages qui ne savent plus qu’ils ont un visage

raviné ridé creusé cendré lèvres fines craquelées enfoncées dans une bouche vide yeux fiévreux visage usé livré au soleil au sel à la marée aux cris aux larmes visage paysage aux replis de roches abîmées par les pluies abandonné à la géologie de la douleur visage rond comme un O aussi rond que les yeux des poissons glacés du marché Continuer la lectureboost #06 | Trois visages qui ne savent plus qu’ils ont un visage

boost #05 | Ton cri à fleur de lèvres

Dans la rue, bouche ouverte, ton cri à fleur de lèvres. Inarticulé. Tu voudrais crier pourtant mais ton cri s’évapore dans l’air bouillant. Un son s’échappe mais il n’a rien du cri qui déborde le corps. Ces jours-là, à défaut de ta bouche, ce sont tes yeux qui lancent le cri. Ces jours-là, ton cri écarquille tes yeux, les fait Continuer la lectureboost #05 | Ton cri à fleur de lèvres

boost #04 | tenir tête à envers et contre tout

Tenir tête à l’extrême-amont et son origine intouchable — Tenir tête à l’extrême-aval et sa fin improbable — Entre les deux : tenir tête — Quoiqu’il en coûte en dépit de envers et contre tout —    Tenir tête aux jours sans  — Tenir tête aux jours mangroves  —  envasés — juste les racines pour respirer — Tenir tête à la haute Continuer la lectureboost #04 | tenir tête à envers et contre tout

boost #03 | la femme aux mots empêchés (ses peurs)

Peur de ma bouche de ma langue de mes dents de ma gorge et des mots rentrés qui voudraient sortir et ne peuvent pas, peur qu’ils m’engorgent, qu’ils pourrissent au fond de moi, peur de mes cris, râlements, raclements, peur de la peur sur le visage de l’autre quand il te croise dans ton cri et tes râles alors que Continuer la lectureboost #03 | la femme aux mots empêchés (ses peurs)