A propos de Émilie Marot

J'enseigne le français en lycée où j'essaie envers et contre tout de trouver du sens à mon métier. Heureusement, la littérature est là, indéfectible et plus que jamais nécessaire. J'anime des ateliers d'écriture au lycée et maintenant un peu ailleurs. C'est l'horizon mais beaucoup de chemin encore !

boost #00 | un bout du monde

15°59’05″N 61°43’10″W 6 m Un vieux fauteuil défoncé sous un carbet au milieu d’un carré de béton approximatif, délimité par quatre poteaux en bois gravés, par endroits, de mots et de chiffres, et son toit de tôle verte. Des baraques en tôle, – et que ça frémit, et que ça tambourine et claque dans les pluies et les grands vents, et Continuer la lectureboost #00 | un bout du monde

les mardis #16 | le problème avec le volet roulant

Le volet roulant électrique de la grande porte-fenêtre du salon ne fonctionne plus. Le mécanisme tourne dans le vide avec un bruit de roulement inutile. Immobile à mi-parcours. Ne reste plus qu’une moitié de paysage extérieur. Ce n’est pas qu’il en vaille la peine, ce paysage : une terrasse au carrelage jaunie et une rambarde écaillée et rouillée. Un immeuble gris Continuer la lectureles mardis #16 | le problème avec le volet roulant

les mardis #12 | j’ai décidé d’arrêter d’écrire

J’ai décidé d’arrêter d’écrire. Il m’est déjà arrivé dans ma vie de cesser d’écrire, mais jamais de décider d’arrêter d’écrire. On peut décider d’arrêter de fumer, ou de boire, mais décider d’arrêter d’écrire, c’est autre chose. Décider d’arrêter d’écrire, c’est couper court au désir. C’est ravaler délibérément les mots, les enfermer en soi, dans la tête, dans le ventre, dans Continuer la lectureles mardis #12 | j’ai décidé d’arrêter d’écrire

les mardis #10 | chercheuse de fragments

Si j’étais photographe, je serais chercheuse de fragments. Il faudrait à force à force exercer l’œil, affûter le regard, quitter le plan large, oublier le panorama, renoncer au grandiose, épouser le petit, accrocher le détail, faire lumière sur ce qui s’oublie. Et faire paysage. Il faudrait pour cela des heures et des heures de marche, yeux fermés, yeux ouverts, tenter Continuer la lectureles mardis #10 | chercheuse de fragments

les mardis #07 | variations autour d’un rectangle vert

C’est un rectangle vert. Il pleut et on dirait qu’il neige : les gouttes font de petits points blancs ronds épais qui se déposent légères et invisibles sur les feuilles de bananier. Et la pluie tout soudain, plus intense, et la neige fond en grosses gouttes d’eau qui se posent, globes transparents sur les feuilles épaisses, certaines s’accrochent, d’autres dégringolent en Continuer la lectureles mardis #07 | variations autour d’un rectangle vert

les mardis #06 | recopier Chamoiseau, écrire dans les marges

(Il est posé à gauche de mon ordinateur au sommet d’une petite pile, je l’ouvre au hasard, et le passage m’appelle et c’est déjà incroyable que ce soit ce passage tu t’es dit sans connaître la suite) | Me voilà, rêveur-mangrove | (les doigts et les touches du clavier rétroéclairé et le rectangle blanc de l’écran et les mots qui Continuer la lectureles mardis #06 | recopier Chamoiseau, écrire dans les marges

les mardis #04 | un trou dans la ville

Ici la ville s’essouffle. L’Aqueduc de Petite Guinée et ses vieilles pierres voûtées mangées d’herbes marque la frontière. Inventorié « en ville » pourtant par les services du patrimoine du Ministère. N’en déplaise. La ville s’essouffle. Sous l’aqueduc. Dans les méandres de la ravine Du Lion. Un ruisseau de hautes herbes que les ondes tropicales font grossir et qui rejoint la Rivière Continuer la lectureles mardis #04 | un trou dans la ville

les mardis #03 | Alain de 6 à 7 (et ce tous les matins, avant l’incendie)

[6h00] Yeux grand ouverts sur les découpes du jour dans la pièce, Alain compte les six coups de la cathédrale et se lève comme chaque matin à la même heure. Sauf le dimanche. En souvenir de sa mère. Qui offrait sa peau, ses os, sa chair et son sang au sommeil. Qu’elle disait. [6h10] Alain nettoie méticuleusement son seuil de Continuer la lectureles mardis #03 | Alain de 6 à 7 (et ce tous les matins, avant l’incendie)

#écopoétique #02 | dans la cour de Marcel

Une remorque, une voiture épave aux pneus crevés, un frigo en panne, des cordes, des sangles, une poêle, des grilles, les restes d’un volet roulant blanc tordu, fondu, des échafaudages, une table en bois, un thermos bleu, une canne à pêche, des bouts de tuyaux flexibles, une grande rallonge noire, un bidon renversé, un bateau à moteur, des bouées jaunes, Continuer la lecture#écopoétique #02 | dans la cour de Marcel

les mardis #02 | Perec, porte fantôme

Dans ton souvenir, la porte n’est plus. Elle a disparu. Pourtant, tu l’as franchie ce soir-là. Une fois la porte ouverte, tu as posé le pied sur le seuil gris cimenté encore tout tiède dans le soir d’été. Pour retrouver la porte, il faudrait retrouver la photographie de cet autre jour. Ta sœur déguisée et maquillée, assise sur le seuil Continuer la lectureles mardis #02 | Perec, porte fantôme