A propos de Isabelle Charreau

j’arpente plus facilement les chemins de terre que les pavés de la ville, je fréquente l’atelier pour le plaisir comme des gammes, sans projet de partition

#construire #03 | Lente glissade jusqu’à flotter

Prémisses passés inaperçus — C’est un film avec tu sais là elle avec les cheveux blonds un film de tu sais là celui qui a fait tu sais là je me souviens que le titre était mal traduit. C’est seulement à la page dix que résonne la petite sonnerie du déjà lu mais oui confusément le cerveau reconstitue l’histoire on Continuer la lecture#construire #03 | Lente glissade jusqu’à flotter

#construire #02 | Stratus

Le regard, le regard sur le sol, le regard sur les cailloux, le regard sur le ciel, le regard arrêté sur une pierre (mon pied l’a heurtée), la difficulté de quitter le sol des yeux pour regarder autour de soi, s’arrêter pour regarder c’est tellement, tellement, le goût de l’eau après son passage par le tuyau chaud, le goût de Continuer la lecture#construire #02 | Stratus

#construire #01 | Brouillard

Ça a débuté comme ça, attention pas d’erreur, pas le début déjà là, pas le début de ce qui passe dans la tête maintenant en ce moment, attention ça a commencé bien avant, attention éviter ce qui est déjà là, qui se précipite pour être le premier, le début, celui qui empêche le commencement de se faire connaître, attention laisser Continuer la lecture#construire #01 | Brouillard

#anthologie #37 | images persistantes

Je vis une ombre se dessiner sous la surface, comme une aile noire palpitante. C’était sur une plage déserte, de l’autre côté du globe, tout au bord de l’eau transparente et peu profonde, je pouvais voir distinctement le sable fin qui recouvrait le fond. J’étais assise, échouée et paisible. Je laissais juste mon regard rêvasser sur la mer, aucune pensée Continuer la lecture#anthologie #37 | images persistantes

#anthologie #36 | Défilement incontrôlable

Elle est assise devant la table ronde, concentrée. Elle prend chaque photo, les années défilent, en arrière, toujours en arrière. Du plus loin, cette femme sur la photo encadrée de bords blancs dentelés, la mère de sa grand-mère, un bouquet de dahlias posé sur les genoux, au moins quatre-vingt ans, une vieille femme plus jeune qu’elle maintenant, elle n’en a Continuer la lecture#anthologie #36 | Défilement incontrôlable

#anthologie #34 il neige

Les deux sont appuyés à la rambarde du balcon les épaules ne se touchent pas ni les mainsça lui revient c’est ça qu’elle voulait lui dire que le chat dort dehors toute la journée dans sa chaise longue mais elle se retient anticipant son expression agacée elle devine ce qu’il aimerait lui dire qu’il suffit de le dégager de là Continuer la lecture#anthologie #34 il neige

#anthologie # 35 | le petit chemin

Intérieur d’une twingo couleur crème – traces de boue sur les bas de caisse – phares allumés – roule à bonne vitesse LA ROUTE NATIONALE (depuis l’autoradio les informations) – route à deux voies larges – le flan escarpé de la montagne à droite – à gauche la vallée – prairies et champs – restaurant fermé au bord de la Continuer la lecture#anthologie # 35 | le petit chemin

#anthologie #05 | protection rapprochée

Je ne les laisserai pas me dicter je me porte bien mes bras mes jambes ne veulent pas se muscler je ne veux pas de membres galbés je ne redresse pas mon dos mes épaules je voûte si je veux je porte si je veux ces vêtements emballants informes enveloppants je ne laisse rien dépasser je ne laisse rien se Continuer la lecture#anthologie #05 | protection rapprochée

#anthologie #33 | autour de la table

Table centre de la clairière trouée de ciel faisceau de soleil frappe sur le bord un triangle éclairé lumière sur le bois fissures révélées plus sombres noires profondes de plus en plus failles habitées insectes morceaux cailloux. Table pieds fragiles enfouis dans l’herbe recouverts lianes enroulées spirales pieds emprisonnés cachés tiges feuilles orties ronces jusqu’à disparaître. Table socle rectangle présence Continuer la lecture#anthologie #33 | autour de la table

#anthologie #32 | les bons jours

Les bons jours, quand sa hanche la laisse tranquille, si le chat n’a pas disparu, encore, si elle se souvient, elle va jusqu’à la boîte à lettres sur la rue, la rue principale du village, la seule où les voitures peuvent se croiser, les autres sont si étroites que l’exercice est périlleux, on peut s’avancer mais on peut bien rester Continuer la lecture#anthologie #32 | les bons jours