A propos de Isabelle Charreau

j’arpente plus facilement les chemins de terre que les pavés de la ville, je fréquente l’atelier pour le plaisir comme des gammes, sans projet de partition

#construire #09 | laisser la place

Je n’écrirai pas sur le pont que l’on aborde par une arche rectangulaire de pierres blanches et grises (monumentale dans mon souvenir) en venant de la départementale étroite sinuant dans la forêt de sapin, suspendu par des haubans métalliques si tendus, (peur qu’ils lâchent) au dessus de l’eau, en bas le précipice, le vide, des mètres, des mètres et en Continuer la lecture#construire #09 | laisser la place

#construire #07 | Déjà lu

La scène se passe entre les feuilles d’un classeur bleu épais de sept centimètres. La fille s’installe à la table avec son thé, face à la porte fenêtre. Elle prend une pile de courrier. Elle se retourne tranquillement avec un sourire, la fumée de sa cigarette, la première de la journée, s’égare dans la pièce. Sur la table deux mains Continuer la lecture#construire #07 | Déjà lu

#construire #06 | Balai et chiffons

On ne trouve plus de solides balais de paille. C’est avec un balai de paille de bonne qualité qu’on peut balayer la cave, la terrasse ou le balcon. À force de passages les fibres se sont courbées toutes dans un même sens, il faut l’utiliser dans ce sens uniquement autrement tout s’envole et il faut recommencer à rassembler patiemment la Continuer la lecture#construire #06 | Balai et chiffons

#construire #05 | Voir

Voir se dessiner le trajet de la première note, toujours une surprise bien qu’on l’attende avec crainte à chaque moment du jour ou de la nuit, douce avant une lente montée vers les aigus. Elle s’amplifie pour se stabiliser en un hurlement qui sature tout l’air, empêche de respirer. Inoffensive sirène. Voir la peur envahir le corps dans la nuit. Continuer la lecture#construire #05 | Voir

#construire #04 | revenir là toujours

Devant toi la route passe par le pont pas d’autre possibilité. Tu marches sur le pont et tu t’arrêtes à mi-chemin des deux extrémités pour te pencher en posant les mains sur le muret de pierre tu avances le buste juste assez pour voir au dessous l’eau qui dévale et tu sens sur ton visage la fraîcheur qui monte — Continuer la lecture#construire #04 | revenir là toujours

#construire #03 | Lente glissade jusqu’à flotter

Prémisses passés inaperçus — C’est un film avec tu sais là elle avec les cheveux blonds un film de tu sais là celui qui a fait tu sais là je me souviens que le titre était mal traduit. C’est seulement à la page dix que résonne la petite sonnerie du déjà lu mais oui confusément le cerveau reconstitue l’histoire on Continuer la lecture#construire #03 | Lente glissade jusqu’à flotter

#construire #02 | Stratus

Le regard, le regard sur le sol, le regard sur les cailloux, le regard sur le ciel, le regard arrêté sur une pierre (mon pied l’a heurtée), la difficulté de quitter le sol des yeux pour regarder autour de soi, s’arrêter pour regarder c’est tellement, tellement, le goût de l’eau après son passage par le tuyau chaud, le goût de Continuer la lecture#construire #02 | Stratus

#construire #01 | Brouillard

Ça a débuté comme ça, attention pas d’erreur, pas le début déjà là, pas le début de ce qui passe dans la tête maintenant en ce moment, attention ça a commencé bien avant, attention éviter ce qui est déjà là, qui se précipite pour être le premier, le début, celui qui empêche le commencement de se faire connaître, attention laisser Continuer la lecture#construire #01 | Brouillard

#anthologie #37 | images persistantes

Je vis une ombre se dessiner sous la surface, comme une aile noire palpitante. C’était sur une plage déserte, de l’autre côté du globe, tout au bord de l’eau transparente et peu profonde, je pouvais voir distinctement le sable fin qui recouvrait le fond. J’étais assise, échouée et paisible. Je laissais juste mon regard rêvasser sur la mer, aucune pensée Continuer la lecture#anthologie #37 | images persistantes

#anthologie #36 | Défilement incontrôlable

Elle est assise devant la table ronde, concentrée. Elle prend chaque photo, les années défilent, en arrière, toujours en arrière. Du plus loin, cette femme sur la photo encadrée de bords blancs dentelés, la mère de sa grand-mère, un bouquet de dahlias posé sur les genoux, au moins quatre-vingt ans, une vieille femme plus jeune qu’elle maintenant, elle n’en a Continuer la lecture#anthologie #36 | Défilement incontrôlable