A propos de Olivia Scélo

Enseignante. Bordeaux. À la recherche d'une gymnastique régulière d'écriture.

#rectoverso #09 | pain café bonbon eau de vie

Le four à pain prenait presque toute la place, dans un angle de la maison. Ce n’était pas vraiment une cuisine parce qu’on cuisait la nourriture dans l’autre pièce, où il y avait la cheminée. Chaque famille cuisait son pain et avait son propre four. On le préparait une fois par mois. Il était un peu dur, on l’accommodait en Continuer la lecture#rectoverso #09 | pain café bonbon eau de vie

#rectoverso #08 | soeurs

Je me souviens après l’école on nous envoyait ramasser des fagots au-dessus du village. Ma sœur ne disait rien, on y allait ensemble. On les portait sur la tête et, quand un fagot tombait, il fallait récupérer chaque branche de noisetier éparpillée. Ce n’est pas un bon souvenir. Adulte, j’ai brûlé le râteau et la fourche. Ma mère préparait du Continuer la lecture#rectoverso #08 | soeurs

#rectoverso #06 | Le chat de Shrödinger

Je viens dans ce jardin parfois le soir quand je ne sais plus quoi faire, je m’assois d’abord sur une pierre. Il n’y vient presque jamais personne, j’aime le silence, les fleurs qui poussent libres dans les allées et, quand il pleut, la lumière sur les dalles. J’y vais sans rien, je sais qu’on n’aimerait pas m’y voir avec un Continuer la lecture#rectoverso #06 | Le chat de Shrödinger

#rectoverso #05 | ce qui manque

Avant, il ne nous manquait rien, si ce n’est à la fin le temps pour que ça continue. Il y avait la rivière en miroir du ciel, les journées entières au bord de l’eau à guetter les formes sombres du monde d’en-dessous. Les vieux racontaient les légendes d’autrefois le soir, après le dîner, et on courait sur les chemins dans Continuer la lecture#rectoverso #05 | ce qui manque

#rectoverso #04 | une société de subsistance

Comment c’était la vie avant dans le village ? c’était quoi la société de subsistance ? Garder les vaches. Soigner les brebis. Conduire les bêtes dans les estives. Dès l’âge de sept ou huit ans. Ne plus pacager après le 25 mars. Participer aux règles mises en place par la communauté. Aider les voisins pour la fauche. Ramasser à la faucille blé, Continuer la lecture#rectoverso #04 | une société de subsistance

#rectoverso #03 | au printemps dans les prés il y a

Il y a des feuilles vertes sur les frênes et des boutons d’or sur le chemin Il y a une pierre dans le pré où un vieil homme s’arrête Il y a des papillons euphoriques qui découvrent un monde neuf Il y a des champs de jonquilles dans l’ombre des branches emmêlées Il y a ta mémoire qui s’emballe pour Continuer la lecture#rectoverso #03 | au printemps dans les prés il y a

#rectoverso #02 | danse de nuit

À ce stade de la nuit, la montagne dissimule un quart de la boule lumineuse de la lune, comme le point amoché du i. Je pense à cette femme tout à l’heure qui disait qu’elle n’avait pas dormi à cause de la pleine lune. Ne le sachant pas, je pense avoir bien dormi hier. Si je ferme les volets, si Continuer la lecture#rectoverso #02 | danse de nuit

#rectoverso #01 | l’arboretum

Je connais des troncs bruns à l’écorce rugueuse, des troncs usés par l’habitude du regard. Un arbre de collection est une espèce choisie pour intégrer l’espace paysager de l’arboretum. Présenté comme une œuvre d’art – il vient contenter la curiosité et l’admiration des visiteurs – le cartel indique son nom scientifique latin, comme l’arbutus andrachne, sa catégorie de broussailles et Continuer la lecture#rectoverso #01 | l’arboretum

#Boost 11, 11bis | catabase (variation sur L’Énéide)

Nous avancions obscurs dans la nuit solitaire. Et nous regardions la lune incertaine briller sur le royaume sans vie, ôter aux choses leur couleur. Un orme géant, touffu, indiquait le passage, dissimulant à peine les bêtes monstrueuses : hydres, chimères, gorgones et harpyes. Nous passions sous ses branches chargées des rêves vains cachés sous les feuilles tandis que l’ombre d’un corps Continuer la lecture#Boost 11, 11bis | catabase (variation sur L’Énéide)

# Boost #05 | le cri contrapuntique

Le hiéroglyphe du cri qui prendrait souffle au fond de la conscience éveillée impose le contrepoint de son asphyxie. La fuite du son appelle le trou béant du silence qui est gouffre de naissance et de mort dans une fugue furieuse systématiquement renouvelée. Idéal dans sa forme contrapuntique, le cri ne se nourrit que de la dissonance muette qui l’impose. Continuer la lecture# Boost #05 | le cri contrapuntique