#Carnet individuel | Yan St-Onge

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la saucette

dans le froid de décembre en Gaspésie / des courageuses et courageux en maillot portent un bonnet du père Noël / un tutu ou un chapeau de cowboy et se baignent / dans l’eau de mer à 1,5 degré Celsius / afin de ramasser des fonds pour aider les enfants malades / sur la grève les pieds dans la neige la foule se montre très encourageante / des adultes profitent du vin chaud et du café alcoolisé de la buvette tandis que le vrai père Noël discute avec les plus jeunes près du feu

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on ne sait pas on ne sait pas pourquoi on ne sait pas on ne sait pas trop à quoi tout ça a bien pu servir on ne sait fichtrement pas pourquoi la grossesse s’est arrêtée pourquoi c’est si difficile de parler de fausse couche dans notre monde actuel on ne sait jamais vraiment ce qui fait que la vie se poursuit ou qu’elle s’arrête on n’aurait pas dû y croire trop vite en fait non au contraire on ne devrait pas éviter de parler de cette réalité de cette loterie de la vie humaine

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j’aurais voulu écrire t’écrire j’aurais voulu mais

les journées se posent sur le silence du brouillard

il faudra bien se construire un abri pour survivre
s’arrêter de courir et profiter ensemble
de nos rêves de simplicité

(je triche, un peu)

27

Dans la cuisine, il est assis devant la table en bois avec son ordinateur. Il boit son thé à la menthe dans une grande tasse blanche. Un carnet entrouvert laisse voir ses notes griffonnées à l’encre noire. La musique des voisins s’entend légèrement. De la vaisselle sale occupent les comptoirs. Le sapin de Noël, qui illumine la pièce, se reflète dans l’écran. L’homme ferme les yeux et se frotte les tempes. Il n’est même pas encore midi.

19 à 26

pas d’écriture

rien

prendre le temps de s’occuper d’une autre personne

perdre le souffle de l’écriture

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Les hommes sortent du bar. Ils prennent leur voiture pour rentrer chez eux. Ils n’ont pas peur des policiers. Ça leur est égal, les policiers. Ils partent en fou. Ils roulent vite. Ils soulèvent la poussière. Ils n’attendent rien. Ils sont là. Ils viennent vider des verres. Ils ne parlent pas beaucoup. Ils boivent. Ils se saoulent. Ils partent tard. Ils rentrent dormir auprès de leur femme. Que font les femmes? Elles font autre chose.

c’est le soir au Manoir D’Youville je suis installé à un bout de la longue table cherche une autrice sur Wikipédia finalement je pense à ce roman web que je connais clique clique clique au hasard sur différentes pages j’en choisis une où il y a des GIF animés qui ressemblent à des étoiles dans l’espace le texte dans une police sans empattements se trouve dans un encadré blanc je copie-colle dans une autre fenêtre en m’inquiétant que le café bu à 19h me cause de l’insomnie

je viens d’envoyer le courriel avec ma proposition me sens fatigué ça doit être la chute d’énergie liée à l’atténuation de l’effet de la caféine je devais travailler sur une vidéo mais finalement je n’en ai pas la force mentale ce soir alors j’écris comme on cherche à tâtons l’interrupteur dans le noir c’est bientôt décembre je ne sais pas si je suis prêt pour l’hiver je ne sais pas si je suis prêt pour une nouvelle année je ne sais pas si je suis prêt

(Le premier paragraphe est un extrait tiré de: Maude Veilleux, frankie et alex – black lake – super now, 2018)

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on creuse des tranchées dans les rues pour ralentir le cours des choses on arrache tous les panneaux prohibant l’accès à un parc la nuit on installe des interdictions de se stationner partout pour rendre la ville aux piétons et aux cyclistes on met des tables au milieu de toutes les rues pour piqueniquer n’importe où selon notre humeur on transforme les postes de police en serres publiques où tout le monde peut venir jardiner on transforme la mairie en boulangerie populaire

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Hé, me fait le barista, on a le même hoodie! Plus jeune, on appelait ça un kangourou; ailleurs, d’autres gens disent plutôt un pull à capuche. Bref, un vêtement rose crée un lien inattendu entre l’employé et moi. J’espère que le thé sera bon.

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toutes nos ligne sont présentement occupées
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il pose le pied au sol / met du poids / pousse pour se donner un élan / la chaise se met à pivoter / le décor défile / il redevient un enfant / se moque de tout / affiche un sourire / la pièce devient fluide / tout se confond / il n’y a plus de raison de s’en faire se dit-il / profitons du moment qui passe / avant que tout s’arrête

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On laisse s’accumuler des papiers sur la table dans l’espoir peut-être que les choses se transforment d’elles-mêmes et qu’elles nous change du même coup. Le froid m’habite. Serait-ce lui qui me donne le sentiment de tomber perpétuellement? L’espace intérieur me tient en garde à vue. On collectionne les souvenirs.

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/ dans l’atelier il met une couche d’enduit sur la toile vierge sans penser à ce qui apparaîtra éventuellement sur ce support il s’inquiète du sort du monde en passant doucement sur la surface avec son pinceau il fait des mouvements d’aller-retour réguliers puis la toile disparaît sous la blancheur de tous les possibles /// dans le café il met des mots sur des choses trace des lettres sur une page de son carnet en essayant de saisir la réalité à partir de la fiction /// en pleine nuit il se réveille prend une feuille sur la table de chevet et il y note ses idées avec un vieux crayon HB pour ne pas les perdre /// dans le bruit de la vie il capte des bouts de phrases pour les transformer en fragments autour desquels s’articulent des poèmes /// dans Pointe Saint-Charles il erre à la recherche de nouvelles idées ou d’un café ouvert où il y aurait de la place pour s’asseoir /// dans le ciel il pige des formes pour dessiner sur la fenêtre /

09_10_11

ne pas écrire
ne pas suivre les consignes
ne pas savoir quoi faire
ne pas trouver de point de départ
ne pas se rappeler
ne pas feindre

ne pas perdre la route des yeux
ne pas s’endormir
ne pas oublier d’aimer
ne pas emprunter le chemin habituel
ne pas s’inquiéter

08

Agnès Saint Antoine Emile Berliner Claude Claudette Ludger Duvernay Lionel Groulx Saint Henri Alice Théo Janine Robin Millmans Sandra Ashbal Gabriel René-Robert Cavelier de La Salle Arthur Wellesley de Wellington

Effectuer une dérive à travers les noms des lieux où l’on passe et les noms des gens que l’on croise, c’est comme faire une sorte de méta-écriture. On écrit des noms, ce qui convoque, inévitablement j’imagine, de nombreuses formes intertextuelles. Un mot est un mot est un mot. Nous écrivons sur les fils d’une toile d’araignée plus grande que nous.

07

(rien)

06

rien

À force de trop, d’excès, de surenchère, il faut apprendre à s’arrêter. Dire non. Je suis pris en tension entre l’abondance d’idées de projets et le choix catégorique du refus, je tourne comme une petite toupie colorée sur le plancher de bois. J’ai beau le savoir, à chaque jour je l’oublie: le rien est salutaire.

05

peinture

Un tableau gris s’étire au-dessus des immeubles, il n’y a pas de bruit mais un sentiment de danger m’habite. À chaque fenêtre, un monde unique se développe. La ville fatiguée caresse nos rêves impossibles.

03

latte art

J’écris au Café Saint-Henri. Impossible de savoir à quel moment le matcha est devenu une réalité pour moi. Quand y ai-je goûté pour la première fois? C’est arrivé comme ça, comme un coup de vent qui passe et qu’on oublie. D’où vient le « latte art », d’où vient l’idée de dessiner avec le lait chaud dans le café ou le thé? Je bois mon café noir, mais je ne sais pas pourquoi, le lait d’avoine mousseux dans le matcha, ça me réconforte en fin d’après-midi.

02

primaire

À l’école, dans les toilettes, le lavabo pour se laver les mains était une cuve géante. On pouvait être plusieurs en même temps à se laver les mains. Il fallait appuyer avec notre pied sur un anneau au sol pour que l’eau coule d’un robinet circulaire placé au centre, comme une fontaine. C’était toujours la course pour poser son pied en premier et contrôler l’eau. Aujourd’hui, l’individualisme a tué ce genre d’aménagement collectif et les robinets sont automatisés.

01

climat

Après tant de chaleur inattendue, nous ne savons plus si le retour du froid est normal, s’il est temporaire, s’il est rassurant. Nous ne savons plus garder notre chaleur corporelle, ni garder la tête froide face à la crise climatique. L’avenir est flou. Le climat devient préoccupant. Je m’inquiète et je suis frigorifié. Le vent porte des idées lugubres. La lumière du jour s’estompe. Nous n’irons pas danser sous les lampadaires.

A propos de Yan St-Onge

Je suis artiste, poète, performeur et spécialiste en rien. Récemment, j'ai terminé un doctorat sur la sémiotique de la poésie-performance. J'habite à Montréal. https://ysoboy.ca/

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