Ça a commencé comme ça : une fillette enfile une robe écossaise aux manches courtes taillée dans un tissu épais et sombre aux nuances rouges et vertes, avec un noeud cousu sur le plastron. Ce jour-là le noeud est défait. L’enfant se contortionne pour réussir à fermer la fermeture éclair dans son dos. Elle remonte ses chaussettes blanches, enfile des mocassins marrons à pompons. Elle a des croûtes sur les genoux auréolées d’un restant de mercurochrome. D’un geste machinal elle coince ses cheveux derrière les oreilles avant de sortir de la cage d’escalier et de longer le bâtiment vers le nord. Sur un film super huit on la verrait s’adresser à celui ou à celle qui marcherait à ses côtés s’il y avait quelqu’un. Mais il n’y a personne pourtant ses lèvres bougent, elle marmonne en sautillant, poings serrés, jusqu’à l’angle de l’immeuble, en faisant bien attention de ne pas marcher sur les traits ou les fissures qui strient le trottoir. Passé l’angle de l’immeuble, elle s’arrête, écarte les bras, elle se pose sur le vent. Rien d’autre. Le vent ébouriffe et balaie ses cheveux découvrant et recouvrant son visage. Voilà. Ça a commencé comme ça. Il fallait bien que ça commence par quelque chose. Une enfant appuyée sur le vent, bouche ouverte, chaussettes tirebouchonnées sur les chevilles, tout ça à l’angle d’un immeuble barrant le ciel, immeuble troué de mille fenêtres comme autant de pages de livre. Ça a commencé comme ça, tout petit au départ, avec peu de mots pour éviter l’essoufflement. Juste un vent qui secoue le corps d’une petite enfant. Rien d’autre.
Ça pourrait être le portrait de cette petite fille. On la voit nettement, on la suit.
C’est un commencement très sensible. Merci
Merci pour le passage. Pas simple ce nouveau cycle !