
Voici comment les choses ont commencé. Le programme du jour dans ce festival ne nous inspirait plus et, un peu par habitude, un peu comme quelque chose qu’on sentait sans encore être en mesure de le formuler, une sorte de besoin d’air, on a simplement regardé la météo en buvant notre café. Et on s’est regardées avec la même chose dans les yeux. Pluie, gris, froid, humide et maussade pour toute la semaine. Sauf pour aujourd’hui. Alors on a fait comme on a toujours fait, on est parties sans réfléchir trop, ou plutôt si, en réfléchissant bien, mais juste à ce qui est important, pas question de partir en kayak gonflable sans gonfleur par exemple, ou de traverser le chenal sans mouillage si on se faisait emporter par le courant, pas question non plus de partir en bivouac sans une bâche pour l’humidité et un duvet pour le chaud. Mais pour le reste, on n’a pas trop réfléchi. Lavrec était dans nos têtes, surtout dans la mienne depuis le mail de mon oncle, on en parlait depuis que j’étais arrivée chez Jeanne, on parlait aussi de plein d’autres choses, mais Lavrec flottait toujours, en flou, en arrière-plan, en toile de fond de tout le reste. On a commencé par garer la voiture sur le parking de l’Arcouest, en cette saison il y a toujours de la place et on ne paie pas. Sortir les affaires du coffre, s’habiller, ranger la clé de la voiture pour ne pas la perdre, les téléphones, quelques sous et les papiers dans les sacs congélation, tout porter sur la plage, gonfler le kayak. Se regarder avec le même sourire immense. Assembler les deux parties des pagaies. Et partir. Les pieds dans l’eau froide, vraiment froide. Pagayer, pour avancer et pour se réchauffer. Garder l’alignement même si le courant change, plus fort au milieu, variant d’intensité et même de direction quand on arrive de l’autre côté du Ferlas, passer les perches vertes et rouges, la tourelle de Men Joliguet, entrer dans La Chambre, maintenant avec le courant de face, se caler le plus possible du côté des îles, Logodec et puis quelques cailloux, et enfin Lavrec. Remonter le long de la côte, les arbres, les rochers, la vase, parfois le sable, les mélanges de tout ça, les algues. S’arrêter sur la plage dans le coin loin de l’ancien mur, on sera bien à l’abri. Remonter le kayak, la bâche, les duvets. Il commence à faire noir. Sortir les lampes frontales et les couteaux, aller chercher des huitres, ça fera bien l’affaire pour le diner du soir avec le reste du paquet de gâteaux désormais plus humides que secs. Demain, quand il fera jour on ira voir l’île, la maison, les ruines, les arbres, les plantes, les plages, les rochers, et la vue. La vue depuis chaque recoin, chaque baie, chaque caillou où s’asseoir pour regarder la mer en fonction de la lumière, des reflets sur l’eau, de l’écume des vagues quand la mer sera grosse de ses colères d’hiver ou toute calme et docile de ses langueurs d’été. On en fera le tour, demain, par l’intérieur d’abord et puis par l’extérieur, quand on sera à pleine mer. Avant de repartir. Ensuite, la traversée dans le sens du retour pour se laisser le temps de laisser les images devenir des souvenirs avant d’en faire des mots et de pouvoir mélanger ses mots avec les miens, dans une conversation qui me ferait y voir plus clair.
pas question de partir en kayak gonflable sans gonfleur par exemple. En faire une devise pour 2026. Sinon, et rien de péjoratif là-dedans, voilà un début qui n’est pas sans rappeler les meilleures heures d’aventure de la bibliothèque verte (qui manque franchement avec son grand projet pédagogique).
Je tourne autour du pot, toujours les mêmes personnages, toujours la même histoire, la même « grande aventure » façon gamines de la bibliothèque verte (merci pour le clin d’œil ;-))
Et blague à part, testé en vrai la traversée en kayak gonflable avec une copine. Depuis, me dis qu’il ne faut pas lâcher l’endroit, qu’il y a un truc à faire là, mais sans savoir encore bien comment
J’aime le rythme du texte qui résonne avec l’énergie, la trépidation, des protagonistes (féminines, savons-nous, nous lecteurs). Cet enchaînement d’infinitifs. Puis vient le futur, plus mélancolique.
Merci ! c’est que ça marche le rythme des coups de pagaie dans un texte 😉
L’aventure, presque une bande dessinée, on se sent captif,
Pou moi aussi, un début ! Merci d’en être
J’ai envie de savoir comment débutera demain, après cet aujourd’hui si bien débuté.
J’ai vaguement l’idée, et l’envie, d’y mettre un peu d’hier aussi 😉
Bonne idée !
beurre salé – vin blanc – un peu de soleil aussi (dans l’eau froide) – il fait bon
Tu oublies les huitres et les salicornes. Là-bas y’en a… 😉
Quel beau nom Lavrec et tous ces lieux-dits qui l’entourent… et « se laisser le temps de laisser les images devenir des souvenirs avant d’en faire des mots ». Si juste.
Merci ! Et oui, beau nom Lavrec… A vendre d’ailleurs 😉 Ce serait un (un peu cher…), mais bel endroit pour résidences d’écriture 😉