Ah ! les domestiques d’écrivains, dépoussiéreur·e·s d’étagères, modèles de personnages, résolveur·e·s de frasques, messagers de l’absence, génitrices d’enfants, confident·e·s de banalités. Jeanne ne s’est pas contentée de dépoussiérer, de laver le linge sale, elle a créé une vie à Émile, elle a fait les enfants d’Alexandrine, on dirait, grossier, qu’elle a dépoussiéré Alexandrine. Pierre, un jour, plus ou moins à la même époque, dépoussière les oiseaux morts de Julien, et que je te plumeaute et que je te les secoue et que je te désinfecte à l’essence et le soir, content de lui, pour regarder ce que ça donne, il vient voir, allume la mèche de la lampe à pétrole et pouf ! un éclair, tout s’enflamme et plus rien, plus de plume, plus de cartels, seuls des squelettes, une grande peur et la poussière qui n’était pas partie bien loin retombe. Qu’est ce qu’ils dépoussièrent Pierre et ses copains-copines ? Il n’existe pas par lui-même, il existe parce que monsieur machin a dit quelque chose de lui, sur lui, l’a choisi comme modèle d’un personnage. Tentons ça : c’est lui la poussière qu’il s’acharne à pousser du chiffon, je dépoussière donc je ne suis plus poussière. Alors ce passage de la poussière à l’éclair c’est le début d’une vie de domestique hors dépoussiérage et servitude pure. Qu’a vécu Jeanne à partir des enfants d’Émile ? Ni Jeanne ni Pierre n’ont jamais été flamboyants, plutôt ternes même, ne sachant même pas que briller existait. C’était dans le contrat : astiquer, faire briller les meubles et le maître, garder secrète leur brillance, rire des gens en cachette, se moquer des brillants qui brillent bien moins bien qu’eux s’ils avaient l’autorisation de briller. Et là, d’un coup, l’opportunité de se laisser aller à prendre la lumière comme le torero sous l’œil de belles étrangères au milieu d’un arène, bien sûr, plus dangereuse que les confortables territoires de la ternitude et pas à l’abri de retombées de létales poussières. Parce que la question est bien celle-ci : combien de temps pour que la poussière retombe ou, pour essayer d’être plus clair et de mieux comprendre la question que me pose le fil de l’écriture : est-ce que Jeanne et Pierre ne dépoussièrent que pour le maître, pour eux-mêmes (ça je l’ai déjà dit) ou dépoussièrent-ils, nouvelle hypothèse, aussi leur descendance par anticipation balayeuse. A quelle distance me met-il de la servitude ? Quand j’époussette mes oiseaux dans leur cage de verre, quelle scène est-ce que je rejoue ? Et l’incendie de l’hôtel sordide dans lequel J. a perdu sa fille et est devenue presque muette ? Et le mépris de l’ importance que je pourrais avoir ? Le héros dépoussiéreur/dépoussiéré c’est moi alors profitons-en pour voir où et comment retombe la poussière.