# Construire # 07 hall 1

Métier à tisser géant : flux entrecroisés. La navette invisible lance entre les fils de chaine les passagers incessants de la trame. Ils dessinent ligne après ligne un tissu changeant qui se fait et se défait au rythme des arrivages. Valises trainées par les voyageurs, briques roulantes, notes parfois colorées — tenues en laisse par leurs propriétaires toujours remplacés par d’autres sur la patinoire de l’attente entre voies grandes lignes et parages boutiquiers. Un agent en uniforme se penche vers une dame entre deux âges qui semble lui faire une confidence. Il sort d’une poche une étiquette qu’il lui tend avec apparemment quelques recommandations. Un cercle de jeunes filles aux cheveux longs se forme : elles s’embrassent, se retrouvent, parlent fort, et comparent leurs sacs à dos. Bande de sœurs prêtes pour l’expédition. Mouettes rieuses. Elles s’éloignent. Un homme timide et mal rasé se glisse le long d’une file en attente d’un café ou d’un sandwich. A voix basse il demande à chacun une petite pièce. Tous les visages au fur et à mesure se détournent, chaque tête indiquant le refus en se tournant de gauche à droite et réciproquement sur le pivot du cou. Une femme dite de couleur ferme puis transporte un gros sac transparent plein de déchets et des siècles d’esclavage vers une destination inconnue. Quinze personnes étrangères les unes aux autres guettent ensemble, tête levée vers le panneau des départs, l’affichage des voies, puis baissent en même temps la tête vers leurs téléphones portables avant de se diriger en troupeau rapide vers la voie dont le numéro vient d’apparaitre. Un homme pressé revient sur ses pas avec l’air de quelqu’un qui a oublié quelque chose d’important. Trois militaires faussement nonchalants, mitraillettes pointées vers le sol, arpentent lentement les lieux, entre départs et arrivées. Un homme courbé sous le poids du violoncelle qu’il a sur le dos accélère le pas : l’homme et l’instrument font corps dans l’espace de transition. Un petit garçon tente de caresser le pigeon qui vient picorer des miettes aux pieds d’adultes en grande conversation.  

A propos de Christine Eschenbrenner

Génération 51.Une histoire de domaine perdu, de forteresse encerclée, de terrain sillonné ici comme ailleurs. Beaucoup d'enfants et d'adolescents, des cahiers, des livres, quelques responsabilités. Une guitare, une harpe celtique, le chant. Un grand amour, la vie, la mort et la mer aussi.

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