Je n’écrirai pas une histoire avec un top départ et une fin qui n’arrive en réalité jamais, je n’écrirai pas une histoire sans répétition de sons de thèmes de refrain de mots d’événements, je n’écrirai pas « les mains de ma grand-mère sentaient l’eau de fleur d’oranger », je n’écrirai pas d’un personnage, alors qu’il est en pleine action, qu’il a l’habitude d’écouter telle ou telle chanson en conduisant ou qu’il a tout appris de son père quand ils allaient se promener ensemble le dimanche, je n’écrirai pas ce que voudraient lire des personnes qui ne veulent connaître de mon pays d’origine que ce qu’ils pensent déjà savoir, je n’inventerai pas une cruauté des frères, une misère des mères, et un faux courage des pères, je n’écrirai pas en oubliant ce qui m’a pétrie, je n’effacerai pas comme Sansal (même si compassion pour s’être retrouvé pion de l’absurdité) ou Daoud, j’aurais aimé certes écrire un contre Meursault, mais je n’effacerai pas comme Camus, même si malheureusement même en le voulant je n’arriverai pas à le faire de manière aussi belle, je n’écrirai pas ou…ou… je n’écrirai que des sommes des choses ensembles qui coexistent, ce ne sera que et… mais aussi… et… je n’écrirai pas en enjolivant les choses, je n’écrirai pas ma famille, ni celle de mes voisins, je n’écrirai pas un personnage de femme maghrébine qui boit pour qu’on voie qu’elle boit, qui couche pour qu’on voie qu’elle couche, à moins que je n’écrive en arabe, or je ne sais pas écrire l’arabe, je n’écrirai pas le mot qui a fait exploser mon enfance, et nos adolescences, je ne nommerai pas pour nommer, je n’écrirai pas de vérités, car je n’en ai trouvé encore aucune, je n’inventerai pas un stratagème comme des lettres (j’avais écrit lèvres sans faire exprès, j’ai effacé) d’une parente décédée retrouvées dans un vieux meuble à tiroirs encombrés de bilans et qui seraient le tour de passe-passe qui ferait avancer l’histoire, j’aurais voulu écrire autant de souvenirs que si j’avais mille ans, je n’écrirai pas pour quelqu’un ni quelque chose, je n’écrirai pas pour ménager le lecteur, pour créer la surprise, je ne veux pas un livre francophone carte postale GPS club Med formule complète, je ne veux pas faire pédagogique (ce sera surement difficile), je ne veux pas show don’t tell non plus, ni faire de la dentelle, je n’écrirai pas des personnages qui causent tous pareil, causent tous façon l’alchimiste, je n’écrirai peut-être pas des personnages qui parlent, je n’écrirai pas des phrases courtes pseudo terre-à-terre pseudo blanches pseudo contemporaines, je n’écrirai pas avec des points et virgules partout là où il faut, parce que je ne sais pas toujours où ils doivent être, je n’écrirai pas de fin
4 commentaires à propos de “#construire #09 | des non prétentions prétentieuses”
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et bien, voilà qui est dit, et ça fait du bien à lire, comme un beau gros décapage, maintenant que le bois est à nu, de ce qu’on n’écrira pas, naitra peut-être ce qu’on écrira, bonne chance à nous!
Bonne chance et bon vent à nous !
Oui, c’est un gros décapage, et un exercice à la fois infini, et qu’il faut finir, sinon il ne restera plus rien à écrire haha
Sacrée trajectoire.
Entre toutes ces non prétentions prétentieuses, une ligne d’horizon à chercher.
Intense.
J’espère qu’il y en a une … merci !