# construire # 09 | je n’écrirai pas

je n’écrirai pas sans te traverser je n’écrirai pas ce qui exclut du droit de cité je n’écrirai pas le qu’en- dira-t-on  le dégazage des humeurs en mer la rumeur qui enfle dans les réseaux  je n’accourrai pas les mains pleines d’encre quand les propriétaires battent le rappel de ce qui se fait ou ne se fait pas je n’écrirai ni la saga des décideurs ni la fièvre des marchés ni les bombes à fragmentation des influenceurs  je n’écrirai ni millénium ni le livre des vengeances c’est déjà fait quand dans la mine aux règlements de compte prolifèrent les exploitations qui donnent des idées de représailles à de nouveaux chercheurs de filons je n’écrirai pas les lendemains qui chantent pour ne pas avoir à  déchanter dans l’instant je n’écrirai pas la pâte sucrée du développement impersonnel qui s’étire sur les rayons des grandes surfaces et englue les supports en attendant le passage en caisse je n’écrirai pas les nouveaux crimes quand les voyeurs ont de quoi se repaitre sur le devant de la scène depuis des lustres  je n’écrirai ni l’ivresse  des ruines ni le camp des liquidateurs je n’écrirai pas ce qui m’empêche d’écrire un peu plus loin que le bout de mon nez je n’écrirai pas les prétextes les faux-semblants les cadenas les barreaux les ragots les copies conformes les sous-entendus les poisons violents je n’écrirai pas le grand livre des gloses et des encombrements  je n’écrirai pas les têtes de ponts les premiers de la classe les pas de géants je n’écrirai pas de roman à l’eau de rose même si rares sont ceux qui échappent au côté fleur bleue de l’histoire y compris la plus noire je n’écrirai pas ou plus le journal du désastre je n’écrirai pas sans faire attention aux larmes qui ne savent plus couler aux silencieux des voies de garage aux éternels retardataires aux enfants je n’écrirai pas en noyant le poisson je n’écrirai pas l’extinction du buisson ardent je n’écrirai pas les bouchons les contrefaçons les miroirs aux alouettes des champs à qui on a coupé la tête et l’envol je n’écrirai pas autrement qu’à travers ce qui compte vraiment je n’écrirai pas sans faire signe sans autre regard je n’écrirai pas     

A propos de Christine Eschenbrenner

Génération 51.Une histoire de domaine perdu, de forteresse encerclée, de terrain sillonné ici comme ailleurs. Beaucoup d'enfants et d'adolescents, des cahiers, des livres, quelques responsabilités. Une guitare, une harpe celtique, le chant. Un grand amour, la vie, la mort et la mer aussi.

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