[la panne: celle de velours, qui recouvre le divan.]
Le coup de la panne, il nous fait le coup, le père François, le coup de la panne.
Y aurait-il en préparation un livre, Comment surmonter la panne en sept leçons ? (sous-titré De la résilience en écriture), ou un numéro hors-série (numéro double, juillet-août 2026) du magazine La Nouvelle Fabrique de Littérature ? en sept leçons, sept, puisqu’il faut, pour mener à bien son développement personnel, une leçon par jour de la semaine.
En exclusivité, et avec force points d’exclamation !!!, en voici les intitulés :
leçon 1 : lâchez prise, inspirez !
leçon 2 : sur le divan : inutile d’y expirer !
leçon 3 : ressourcez-vous !
leçon 4 : refusez l’aquoibonisme !
leçon 5 : à la croisée des sentiers qui bifurquent, choisissez !
leçon 6 : contre les schémas rebattus, détoxez-vous !
leçon 7 : posez hardiment votre point final !

« Que faites-vous quand vous êtes en panne ? » Sérieusement ? Pour répondre à cette question, il faudrait déjà avoir démarré… et avoir vaincu la procrastination. Comment je fais ? Simple : je ne fais pas. Je remets à plus tard. Je fais autre chose. Il y a toujours un truc urgent qui attend. J’abandonne. Me vautre dans la paresse scriptoriale. Visite YouTube. Lis. Ce qu’écrivent les autres est tellement meilleur que tout ce que je pourrais… Me livre, comme ici, à de mauvais jeux de mots. Exerce ma créativité en cuisine. Parfois, c’est la chance : en tournant la sauce, une idée, une image, comme une bulle, remonte et éclate en surface. Mais on ne peut abandonner la sauce, sinon elle attacherait, et la bulle, l’idée s’évapore avant d’avoir été notée, écrite.
En panne ? Alors même qu’on a déjà bien du retard à l’allumage, ou au décollage, histoire de changer un peu de fil métaphorique. Foin des bagnoles, prenons le ciel. Et tombons en panne – à court de carburant – dans le désert.
Un désert blanc où le vent trace des vagues de lignes brouillées qu’il efface aussitôt.
Jusqu’au moment où une voix (enfantine, forcément enfantine, la voix ? pas sûr) te chuchote à l’oreille : « S’il te plaît, dessine-moi un dragon. »
Tu ne dessines pas bien, même les caisses avec trois trous d’aération ; et puis pour un dragon, il faudrait une caisse vraiment grande qui aurait bien du mal à tenir sur la page, alors tu écris le dragon, rien que le nom suffit, la puissance magique du mot le fait exister, tu l’enfourches et tu prends ton envol…
Chevaucher le dragon (non, pas en ce sens, même si quelqu’un a pu écrire « pas un jour sans une ligne », non, foin des adjuvants artificiels), le chevaucher jusqu’au moment où il te laisse au sommet d’une montagne, sur un glacier blanc strié de crevasses dans lesquelles tu te manques pas de glisser.
Au mieux, tu parviens au haut de la montagne et tu découvres le chemin qui se poursuit sur la ligne de crête, jusqu’au sommet suivant.