journal | piano vestiaire

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Sardaigne | le ferry en fanfare

Il y a toujours des moments dans l’instabilité de soi où la seule façon de marcher droit c’est de se confier à nouveau à des enregistrements de piano joué seul. Pour Proust, l’affinité avec tel des Préludes de Chopin, que ne dure que 42" mais où pourtant j’ai toujours entendu la totalité de la Recherche, et qu’on ne me demande pas de l’expliquer. Quelquefois dans le train c’est Scriabine ou les Fantasie Stücke de Schumann, et pas mal les Préludes de Debussy, tiens, en ce moment, et bien sûr régulièrement retour à l’op. 111 de Brahms, rien qui sorte des chemins d’une culture finalement assez admise – suis plus explorateur quand il s’agit de violon ou violoncelle joué seul (mais là aussi, comme si tout instrument à cordes, et je n’écoute jamais que des instruments à cordes, m’était inatteignable si ça dépasse le duo). Ce rôle du piano parce que c’est la géométrie qu’on a dans la tête, la géométrie d’avant la langue, la fosse où on plonge, et où ce souvenir musical sera le seul reste de réalité. J’avais fait cette photo avec mon téléphone l’autre jour dans la salle de répétition du théâtre de Fos-sur-Mer où nous tenons nos séances d’écriture avec les ArcelorMittal. Dans l’usine, les tenues et leur changement, le bleu, le vestiaire, puis les tenues aluminisées de sécurité pour approcher le feu et l’acier, tiennent un grand rôle. Et c’est ce brave piano droit planté sur son chariot à roulettes, à l’entrée de la salle, qui a bien voulu accueillir, toutes ces semaines, le rôle de vestiaire – cette transition d’avant écrire. Ce n’était pas du tout mineur.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 20 février 2013
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