2013.10.28 | de Chicago à Madison, l’autobus


Il y a toujours aux US ce côté paradoxal d’énormes machines qui fonctionnent toutes seules, plus leur immense sens de la discipline, de la techno ultra présente, et d’une sorte de débrouille à échelle individuelle sans quoi aucun rouage ne fonctionnerait. Ainsi, facile de trouver l’information comme quoi le bus pour Madison se prend à la gare Amtrak, face à la gare principale, Union Station. Une fois arrivés à la gare, on descend, il n’y a que l’escalator, et dans la rue la masse de sans-abri dont est fait le sol même de Chicago, et que même le vent froid ne déloge pas. En bas, un guichet d’informatif Amtrak, mais quand ils comprennent que ça ne les concerne pas, une vague réponse rébarbative, en bon anglais de Chicago « tégue oyor’ reille » voulant phonétiquement dire de s’orienter sur la droite. Donc couloir, à peu près le genre couloir de gare souterrain universel, les guichets Metra mais ça ne nous concerne pas, puis la surprise d’arriver dans une immense cathédrale souterraine, quasi aussi grande que le Grand Central de New York, mais visiblement déserte et à l’abandon, sauf là aussi les reclassés. On finit par aviser trois flics, là c’est pro et sourire, mais ils croient qu’on cherche la Madison Street et non pas ce qu’eux ils appellent d’un seul mot « Madison Wisconsin », nous disent de remonter à la surface. Mais où, à la surface ? Rues sans aucune indication d’aucune sorte concernant un arrêt de bus, hors ceux qui desservent les quartiers de la ville. On avise un gros bus bleu à étage qui arrive de Detroit et se gare avec la souplesse d’une moto : le déballage soudain des baluchons, cette diversité des visages des corps des familles tous Black et le grand mec de 2 mètres qui sort les valises me répond avec une gentillesse extrême, m’indique le trottoir d’en face et que oui, il y aura bien un bus à 17 heures. Et voilà comment en plein vent de la ville du vent vous voyez tout d’un coup surgir le bus de la compagnie Bagder pour Rockford Madison, qui partira à l’heure, ne vous fait payer que 30 bucks le voyage de 400 bornes (la dame du coup avec dans la main une liasse épaisse comme un Pléiade), avec son toit transparent qui laisse filer les derniers immeubles avant 2 heures de coucher de soleil qui n’en finit pas sur la plaine uniforme. Et cette fille deux rangs plus haut, les 3h20 du voyage, n’a pas cessé d’avancer dans le roman qu’elle lit sur son iPad mini (les autres plutôt accrochés à leurs téléphones, ou les Mac ouverts mais pour la vidéo, ou manger, ou roupiller, ou rien (moi c’était rien), la vie quoi, jusqu’à Madison où on s’arrête en face le Buffalo Wings).

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François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 28 octobre 2013
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Messages

  • sur cette rue qui longe ce jardin on trouve des hôtels d’un chic formidable (le personnel est tellement souriant, tellement affecté, vêtu de noir ou de gris, le voiturier porte un chapeau très dix neuvième siècle -devant celui-ci, ce matin, stationnaient deux bentley dont l’une d’un bleu clair, pétant et abject -pourquoi pas vert "flashy" comme ils disent- plus une maserati 4 portes noire (elle aussi arborant ses tridents comme des trophées cheap et vulgaires), on y paye le café dix euros (agrémenté, certes, de deux petits caramels posé sur un petit plateau carré en fer blanc chromé, et d’un tissu blanc façon vingt sur vingt) , on entend dire "ah je ne pourrais jamais, vous ne savez pas, mais elles sont tétanisées", on remarque une chaise dont les pieds figurent des chaussures d’un temps ancien, on peut poser son postérieur dans des canapés de velours noirs et côtoyer ainsi les nouveaux riches de la planète (nouveaux par l’âge, et aussi, sans doute par l’étalage de bagages aux marques énormes et chromées comme leurs montres assassines et d’une grosseur effarante - on se croirait devant une gare), la gent féminine déploie des airs parfumés, le petit personnel apporte le manteau doublé de vison qu’elle endosse, sourires, mots anglais, indication de la main, le larbin est venu me demander le numéro de ma chambre, je lui ai souri en lui disant "non, pas de chambre", et je suis parti) (rendez-vous de cinq quarts d’heure avec mon frère, mon cousin, et cette dame)