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2015.07.23 | tous les jours le même chemin

une autre date au hasard :
2019.07.17 | cul des camions sur l’A 10

 

Ça ne fait que 2 semaines et demi, ça fait quand même plus de 12 matinées à me rendre à 10h (l’ouverture) à la bibliothèque John Hay pour avoir devant moi les carnets de travail de Lovecraft. En fait je pars plutôt vers 9 heures, et je m’arrête dans un de ces cafés avec tabourets devant vitrine, prends mon gobelet comme les autres. Dans la piaule j’ai la connexion, quand j’en sors fini. Cette heure sur le tabouret, devant la rue, je sors l’ordi mais sans jamais savoir ce que je vais y faire. À cette heure, dans le bistrot du carrefour, c’est plutôt ceux qui bossent dans le bâtiment, la sécurité, le nettoiement, ils ont d’énormes vestes fluo avec des inscriptions, des paquets de clés et d’outils. C’est important pour moi, ces moments sans préalable. Des fois c’est cette série dans une vie parallèle, d’autres fois des notes, de vagues projets, ou se mettre dans l’intérieur des différents fichiers Lovecraft, mais pour essayer une vue un peu synoptique. Ensuite, les premiers jours je prenais à droite puis à gauche et encore à gauche, maintenant je coupe par le campus de la Brown. C’est bizarre, les voitures disparaissent, et la notion d’espace a changé : non pas un bâtiment, mais un dédale ouvert de bâtiments, un intérieur de ville qui est aussi un extérieur. Je ne fais que traverser en diagonale, pourtant la tête est déjà dans les 3 heures qui vont suivre, avec juste l’ordi (on doit laisser le sac dans un casier à l’entrée) et les manuscrits, même si le compagnonnage c’est devenu aussi traduire, recenser ou préciser (les versions, le paratexte des carnets, ou dépouiller toutes ces publications qui ont numéroté, reclassé, surchargé), ou rêver sur le bonhomme. Ces jours-ci, être même souvent le premier dans la grande salle. C’est en ce sens-là que la traversée du campus est déjà une entrée dans la bibliothèque. D’ailleurs eux ils le savent : étudiants assis avec leur ordi à même le bitume sur ton passage. Ou le cours qui se donne là, dans l’herbe. Ou la découverte, ce matin même, qu’il y a sur les réverbères des prises pour les ordis, pour ceux qui travaillent sur les pelouses. Peut-être pour ça, l’idée de s’en tenir chaque matin au même chemin (les fin d’après-midi et le soir, c’est le contraire, la ville est grande) – et de mettre ici la vidéo d’un des autres trajets les plus ancrés de Lovecraft, le train de Providence à Boston (et retour).

 


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 23 juillet 2015
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