2016.02.22 | repartir à Peribonka


Il n’y a rien, à Peribonka – presque rien. Est-ce parce que les paysages gelés d’Auvergne, entre lacs, ciels et terre âpre, évoquent ces dimensions démultipliées du Québec, ou parce qu’à marcher dans la neige le corps enfonce et fatigue, c’était ce rendez-vous raté avec Peribonka, il y a juste 6 ans, le 9 février 2010, qui me hante depuis 2 jours. Raté certainement pas complètement, puisque les images en sont là, obsessives. Je ne porte plus Louis Hémon en moi de la même façon depuis que nous avons fait le voyage de Peribonka. Nous avions mangé à Alma, dans le KFC ou Wings je ne sais plus quoi d’une zone commerciale qui valait le déplacement à elle seule, et puis voilà, on y était, tout au bout au nord-ouest du lac Saint-Jean, plus rien entre vous et le cercle polaire, c’était Peribonka. Je retrouve la page journal avec les notes mises en ligne le jour même, et quelques-unes des photos, mais en tout petit : le web a changé, en 6 ans. C’est curieux, de redécouvrir son propre journal, depuis plus de 10 ans que je tiens celui-ci : les formats changent, ce qu’on raconte, ou la distance à soi-même variable aussi. De la même façon, presque instantanément mon Lightroom me retrouve les images faites avec le vieux et fidèle hybride Lumix bas de gamme. Je les réinjecte ci-dessous, en un peu plus grand. Le problème du Québec, c’est que tant d’heures à conduire d’un point à un autre, une fois qu’on est là dans le froid on ne sais plus bien quoi faire. Dommage qu’on n’ait pas pu visiter ce musée Louis Hémon : Maria Chapdelaine est un texte qui compte tellement, et que je porte en moi avec le double poids des lectures d’enfance et de ces destins – Alain-Fournier, Hémon – où l’écriture est passée première, et que ça aide à tenir quand on débarque dans un âge où ils n’ont pu prétendre (la mort de Darley, dont depuis 15 jours je n’arrive pas à me laver au dedans, ça pègue). J’aimerais bien renouer avec des résidences d’écriture, j’aimerais bien pouvoir aller habiter deux mois à Peribonka. Ensuite on avait traversé Dolbeau-Mistassini, qui n’est pas une ville engageante, mais à Québec j’avais une étudiante qui en provenait, pour finalement revenir dormir sur la rive est, à Saint-Félicien, où on avait réservé (un bon souvenir, d’ailleurs, comme le lendemain la marche sur le lac avec les baraques sur la glace à Roberval). C’est peut-être juste ça, en fait : le lac Saint-Jean, tout son pourtour, un souvenir précis et important (voir aussi Mashteuiatsh) mais Peribonka c’était autre chose : cette suite très précise de lieux partout au monde (cet été chez Lovecraft ou chez Jack London, ou bien Illiers-Combray ou La Devinière) qui sont d’abord le lieu d’un livre... Est-ce qu’un jour je retournerai à Peribonka (je retourne à Montréal en mai, c’est déjà tellement merveilleux, presque magique), et même, si j’y retourne, est-ce que ce sera aussi fort qu’y être allé sans rien voir ? En tout cas, voilà deux jours qu’en dedans je vis à Peribonka.

 



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 22 février 2016
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