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2019.08.01 | dormir à Roissy

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Toujours un peu spécial, dormir à Roissy, parce que ça fait partie de cette infinie latence des voyages en avion. Si ça part le matin, pour nous — de province — on doit venir la veille au soir. La grosse usine de l’Ibis se remplit comme la marée. Je suis au Citizen M, que j’ai eu pour moins cher sur Booking. Peut-être 4ème fois ? On entend vaguement les pistes, mais on ne les voit pas. Il faut passer par l’iPad pour allumer ou éteindre les lumières, baisser le rideau. Une fois au moins j’ai fait une vidéo, dans une chambre, la même, mais plus loin dans le couloir, ou dans le couloir d’au-dessous, ou dans le couloir d’au-dessus. Mais ce soir non. Je pourrais aussi traduire, ou recommencer la longue course des mails, mais non. Ce qui s’installe c’est ce temps distendu du voyage. L’attente du boulot de la semaine prochaine et comment ça va se passer : se rendre au-dedans disponible ? Alors je sais que les heures vont s"égrener comme demain elles s’engrèneront. Temps ralenti mais dont on ne souffre pas, puisque c’est soi-même, le ralenti tout entier. On macère les ondes de choc récentes. On macère les tenseurs dont on s’éloigne, non pas qu’on s’en déprend, mais eux aussi depuis cette très provisoire distension du temps. Je crois que c’est dans Je m’en vais d’Echenoz (ou son diptyque : Un an, je ne sais plus ?), qu’il y a ces pages sur le temps abruti de l’avion. J’ai chargé Les furtifs de Damasio dans le Kindle, et le dernier Connelly (en anglais, ça passe tout seul). Dans les avions d’Emirate on peut plus ou moins sortir l’ordi, là dans les navettes Montréal on ne peut pas trop bouger les coudes. J’ai dressé le pied devant ce miroir avec les lumières, mais l’énergie n’y est pas : tenir ce journal, c’est revenir au silence et à l’écrit, ça ne se décide pas, on s’obéit. J’aurais pu faire une vidéo plus béta, peut-être je vais la faire : ce qu’il y a dans mon sac, les livres que j’emmène pour les ateliers la semaine prochaine, mais ce serait déjà empiéter sur ce qui va se passer, au lieu d’arriver dans cette seule disponibilité. Peut-être que c’est à cause de cet inconfort des avions, qu’on commence le vide du voyage quelques heures avant, nous de province. Un autoportrait dans mes photos de la chambre : c’est quoi, la tête qu’on a, quand même la confiance est en attente ?


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
diffusion sous licence Creative Commons CC-BY-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 1er août 2019
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