souvenir des temps non confinés | Montpellier Aix en 78 images, septembre 2007


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C’est mon Bob Dylan qui venait de sortir. Comme je ne sais plus ce que sont les photos, j’ouvre mon agenda sur le Mac, je peux remonter jusqu’à 2003, et je vois que cette dernière semaine de septembre 2007 j’étais le lundi à Bruxelles (aucun souvenir), le mardi au retour passage à France Inter avec Vincent Josse, le mercredi Sauramps à Montpellier et le jeudi quelque part dans Aix-en-Provence, aucune idée de si c’était sur Dylan ou sur autre thème, reçu par Alain Paire, galeriste et libraire (fabuleuse collection de poètes). À Montpellier c’était non pas à la librairie mais au musée Fabre, je m’en souviens parce que Philippe Rahmy y était aussi, pour ça que je mets leurs photos à la fin, à Alain Paire et Philippe Rahmy. Je ne photographiais pas les visages. Où est-ce que j’ai dormi, à Montpellier puis à Aix, aucun souvenir (même si Aix j’ai fait cette photo de la chambre). C’est une vie dont je ne veux plus et que je n’aurai plus : je dis beaucoup non, ces jours-ci, à ces boules de plastique où on secoue la neige dedans. Par contre, je découvre que ce voyage en train j’ai fait 138 photos, j’en ai sélectionné ici 78. Elles sont en 4/3 et non pas en 3/2, mais LightRoom m’indique que j’avais déjà mon Lumix hybride, qui m’accompagnerait l’année Québec. C’est un peu ça mon problème : j’avais donc passé ces 2 heures de train le front collé contre la vitre, l’appareil prêt. Je me vivais en photographe, mais clandestin. Un plumitif qui fait des photos, donc pas le droit moral d’investir dans mieux qu’un appareil de poche, et s’attelant 2 pleines heures à des saisies du réel qui étaient le même travail que la littérature, mais la littérature par d’autres moyens. Cette couleur jaune, cette exiguïté du Sud. Tu ne te serais pas dit photographe (jamais, même maintenant), mais tu n’aurais pas fait autre chose, même en le vivant sous le mode de la culpabilité : puisqu’au lieu de lire et d’écrire voilà, tu faisais des photos. M’être depuis lors toujours vécu divisé, sauf qu’une part était plus clandestine ou moins légitime que l’autre, même lorsqu’elles paraissaient ensemble dans cette grande construction qu’était progressivement mon site. Et je crois que je ne les avais jamais regardées avant ce soir, les seules dont j’avais souvenir c’est le terrain de foot de Castelnau-le-Lez, juste après le départ, parce qu’on apercevait l’école maternelle où étaient les enfants quand on habitait là, juste derrière, et ces photos de nuit en revenant avec Alain Paire de cette salle où il y avait eu la rencontre, la conf, la lecture en tout cas cela dont je ne me souviens pas, et l’hôtel que je serais bien incapable de retrouver aussi. Cet exercice, y compris la clandestinité fascinée de ce que je commençais à faire photographiquement, et cette trimbale un peu vide de l’industrie du livre, ça me met dans des états instables, anxieux : qu’est-ce qui a changé, depuis ? Ah oui, Philippe. Philippe n’est plus.

 

 



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 23 novembre 2020
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