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22.09.22 | j’ai habité 10 jours un ascenseur

Non, je n’ai pas habité 10 jours dans un ascenseur, laissons ça à Abraham Poincheval, condamné à refaire à l’infini ses expériences de confinement mobiles ou cloîtré, mais essayez-vous donc, laissé seul à bord, de conduire un stage en immersion dans un musée comme celui des Arts déco à Paris, avec 18 étudiant·e·s de l’école archi et design Camondo, qui pour chaque proposition d’écriture se disperseront dans les étages, galeries, fenêtres et labyrinthes. Alors forcément tu passes faire le tour, comment elles & ils s’accommodent de la proposition, et accommodent les coins recoins du musée à leur écriture : le texte « une couleur » de Tarkos, dans Le kilo ne définit pas une couleur — mais ici, les galeries regorgent de ces couleurs qui happent parce que justement à l’écart de nos mots qui les nomment. On est au 2ème étage, dans les stalles inconfortables et bruyantes du service pédagogique, au-dessus du vacarme de la grande nef en travaux (il y a de grandes salles de réunion boisées au 1er, donnant sur la rue Rivoli devenue cycliste, elles sont vides en permanence mais non, on n’y aura pas droit), et trois ou quatre fois par jour multiplié par 10 jours je grimpe au 3 et puis au 5 ou en dégringole. Je fais beaucoup de photos (pas loin de 700) dans les étages, mais au 1er soir je trouve la photo ratée tout en bas de cette page : mais c’est quoi ce truc là ? Exprès ou pas exprès, je comprends que c’est la machinerie d’ascenseur, celui autour duquel l’escalier s’enroule (pas celui côté grande entrée, mais côté personnels et bibliothèque) — l’appareil probablement déclenché par inadvertance. Alors, dès le lendemain, nouveau protocole : chaque fois que je grimpe ou redescends, une photo de la machinerie, au repos ou en mouvement. FInalement, c’est un objet digne de ceux qu’on photographie dans les galeries. Et, après tout, photographier c’est habiter (on a d’ailleurs travaillé sur ce verbe, en appliquant aux period rooms qui structurent le MAD le beau livre (et risqué) de Sereine Berlottier.

 

 


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 22 septembre 2022
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