le roman de Sylvie Serpette

 bio et liens

20bis.


Dans une salle de cinéma, à dix ans de la guerre, un père entre ses deux enfants, tremble des pieds à la tête devant les actualités montrant les images des corps décharnés découverts par les Américains lors de la délivrance des camps. Squelettes ambulants aux grands yeux qui n’ont que cela d’humain. Le plus petit ouvre grand les mirettes de curiosité, le père se lève, les faisant sortir tous les deux et disant je vois bien que vous tremblez. Les deux enfants se regardent, un sourire aux lèvres. Sacré papa !

Codicille : conscience que pour le premier #20, j’ai abusé du faire beau, de l’ornemental comme l’entend Pierre Michon. Ce texte-là, le deuxième, s’est imposé quand j’ai fermé les yeux, pour le coup, il est juste, sans apprêt. Mais il est pauvre. L’intérêt serait de réunir les deux : un texte qui l’emporte parce qu’il est fort et juste. Un jour peut-être…

20.


Tu es seule ce soir, tu bois de l’ouate, tu chantes sirop, tu évaporises tes longs sanglots. Tu bouchonnes tes trous d’ordures ? Non, tu panses tes bobos d’hiver, tes ourlets d’oublis, tes forêts d’accablement. Tu jouis doucement de ne pas être, de n’être rien, ou bien drap, ou bien nappe, étendue au soleil sur une corde à linge de soie, abandonnée large -– Oh ! la joie de mourir dépliée ! — Tu es tissu d’hormones dégraphées, désengrephées, dégagées, tout soi, tout seule.

Tendue comme une nappe sur un fil, électrique ? de soie ? de nylon, corde tressée ? de laine fragile colorée, comme un sourire barré ? non, plutôt une ligne de musique tendue entre deux pôles avant-arrière, passé-avenir, aller-retour. Une ligne qui claque au vent en ciseau en biseau qui me tient moi nappe au tissu impeccable en apparence, mais qui fait de l’œil aux oiseaux en m’enroulant dans mes plis au moindre souffle. rendu raide par le gel, molasse sous la pluie, étincelant au soleil, nappe dont il y a longtemps qu’on a débarrassé le couvert lavée essorée sans n’avoir jamais rien vécu, semble-il, que taches de gras engueulades familiales verres renversés gouttes qui ont fait déborder vases, bouquets, étendue que je suis dans ce pré dont remontent et m’imprègnent des senteurs de menthe, d’herbe coupée, de pissenlits, moi qui claque comme voile de bateau sans jamais prendre le large. qui rejoindra l’armoire aux sachets de lavande, j’aurais pu être corsage ou torchon, n’y pensons pas, je fus drap de lit dans une autre vie, brodé aux initiales de grands-parents, les secrets ne me font pas peur. avant, ce que j’aime faire avant tout, c’est claquer au vent dans les prés où je pais(se) où je paresse, monter sur les cheveux du vent en pleine lumière ou tache claire dans les nuits de lune où nous nous répondons elle ronde moi étendue heureuse, sans support d’aucune sorte, supporter mains coudes sur la table conversations rudes, ou oiseuses pas de demie mesure et qui toutes m’insupportent, gamins qui s’essuient à mes pans cela au moins amusant, dans un beau drap, leur dis-je, vous êtes, à vous qui ne savez plus danser, que vous alpaguer ou faire ruisseler le rien, je me tiens roide et bien installée, sur le fil où pourraient bien défiler les saisons si on venait à m’oublier

 

19.


proposition de départ

Aujourd’hui j’ai imprimé mes pas dans les feuilles, ce qui est pure illusion, car ondée ou volée de vent en auront bientôt raison. Un aujourd’hui plein d’automne de douceur de couleur. Une démultipliée de verts : jaunisse, calice, réglisse, qui se glissent et impriment ma rétine. Aussi : jade, tilleul, olive. Fondue d’ambres, de safrans, ocres blonds. Sensation étrange comme quand les yeux longtemps devant la mer s’en emplissent, sont saturés, ne rendent plus autre son que ce bleu permanent, en même temps que ressac en trois temps : aspiration pause, rejet pause, étalement-roulis-galets comme un rafraîchissement, aspiration pause rejet pause étalement, rafraîchissement. Hypnose. Cet après-midi ce sont les feuilles, le vent les soulève, là est jailli le fauve, dont tout cet or dispensé pour mourir. Puis en enfonçant mes pieds dans la terre meuble de pluies, de pourriture, d’enfouissement, une remarque m’est venue. Que toujours une perspective, de l’ordre de « je suis certain », m’a tenu. Quelque chose va se passer dans ma vie y compris de travail – pour déclencher, me faire évoluer, oui, au sens de se mouvoir, vers un ailleurs inenvisagé, que je ne savais même pas exister. Je pourrais dire après : « Si je n’étais pas venu à cette rencontre pour écouter un tel, dans ce restaurant ce soir-là avec des amis, à côté de cette table- là, précisément où… , qui…, …que…, dont…, alors jamais je n’aurais été là où je suis, où je pense, où je vis. Un hasard, une parole échangée avant de se quitter, un mot, une blague, un nom, une confidence à un inconnu. Les branches d’un milleperthuis m’ont balayé à ce moment le visage, m’ont rappelé à l’automne. Pas longtemps. C’est que, marcher hardiment pour faire avancer la machine, que la vie se tisse, se déroule, soit, il le fallait. Mais j’aurais tellement aimé voler aussi, ne pas seulement tout arracher de haute lutte, mais plutôt que les choses s’enroulent, m’enroulent et me déposent, pas nécessairement plus loin mais à côté, un ailleurs dont je n’aurais jamais eu idée. Je voyais cela comme me dérouter pour mieux m’enrouter. Le chemin était bordé de menthe, je me suis baissé pour en cueillir et la presser entre mes doigts. Et me vint, et avec un à-propos curieux : Tiens ! Si je me remets à écrire, je mettrai en scène un personnage qui jouera toujours ses parties de réussite en pauvre, il gagnera mais son jeu sera serré, découvrant peu de nouvelles cartes, jouant avec ce qu’il a, réfléchissant, les coudes serrés au corps. Puis à la mitan de sa vie, se plaisant encore à perdre ainsi son temps, sa stratégie aura changé. Au plus fort d’un jeu bloqué, il cherchera à dégager de nouvelles cartes, de nouvelles issues, de nouvelles potentialités de délivrance, n’arrêtera pas de se donner des chances dans un jeu généreux plein de mouvements. Songeant cela, J’ai donné des coups de pieds furieux aux feuilles visqueuses du chemin, et faillis m’étaler. Je finis par arriver à destination, ce village de Seine-et- Marne en bord de Seine, à la brocante mensuelle, aux maisons normandes à bow-window, connu par un ami d’ami. Non, cela ne se trouve pas sous les sabots d’un cheval, tout cela, cela ne se peut pas. Enfin pas pour tous.

Codicille : Beaucoup eu de peine à articuler ces différents motifs demandés : un personnage, je n’en ai que deux : celle qui a perdu l’usage de ses bras et qui crie, celui qui a été alité dans son enfance. Dans mon esprit, il s’agit du deuxième. Mais cela ne se voit pas forcément du fait qu’il ne faut pas faire allusion au texte dans lequel il apparait, qu’il s’agit d’une marge, c’est ainsi que je l’ai entendu et que je l’ai traité. Un lieu, contexte, circonstances, de l’autobio : j’ai retiré ce que ce village pouvait représenter pour lui : c aurait été encore une autre histoire. Donc primauté à ses pensées.

= Journal de pensées d’un personnage en parcourant un lieu. Peut-être aurais-je dû le faire ainsi :

= Journal d’un personnage qui parle d’un lieu. Mais dans l’extrait de Lowry, l’importance aussi de ses réflexions…

4.


proposition de départ
être seul, façon douce

Tu es seule ce soir, tu bois de l’ouate, tu chantes sirop, tu évaporises tes longs sanglots. Tu bouchonnes tes trous d’ordures ? Non, tu panses tes bobos d’hiver, tes ourlets d’oublis, tes forêts d’accablement. Tu jouis doucement de ne pas être, de n’être rien, ou bien drap, ou bien nappe, étendue au soleil sur une corde à linge de soie, abandonnée large – Oh ! la joie de mourir dépliée !- Tu es tissu d’hormones dégraphées, désengrephées, dégagées, tout soi, tout seule.

être seul, façon crue

Tu viens de procéder à une mise sous séquestre ? il était temps ! Tu es violent : tu te claquemures ? Tu fais bien ! Tu assignes à résider loin de tous, loin de tout, ton toi abominable ? Bon ! Tu as le pur de toi-même là, tu ne l’éteins pas, tu l’étincelles là, oui, oui, mais c’est sans dégât pour les autres ! Donc, tu as décidé de recluser par avance, ou trop tard, me dis-tu, je t’ai déjà répondu : bravo, tu as au moins conscience ! Et maintenant tu te dévores la main ? Normal ! Alors, alors, écoute-moi bien : hiverne-toi, ferme ta grande bouche qui déverse crapauds et boyaux, abandonne toute idée, tout désir, écrase, écrase, et dors. (sans se réveiller ce serait mieux)

2.


Pourquoi Mathias a-t-il disparu après le déjeuner ? Pourquoi le baiser de Charlie aussi bref ? Pourquoi le père rentre tard, la mère tombe malade, l’ainé va en pension et le poisson rouge est changé ? Et pourquoi il y eut un grand bruit dans la salle de bains ? Surtout ça : pourquoi ce bruit fort dans la salle de bains ?

14. Le mort qui parle en moi


proposition de départ

Le Mort qui parle en moi fait remonter trois temps de sa vie.

— J’aimais la peau de mon bras contre ma bouche, ma peau encore tendue et moelleuse, encore appétante. Je ne savais pas dans quel état je serais privé : je vérifiais de loin en loin. Je m’embrassais le bras goulu-suavement.

— Ma mère, à l’hôpital, la dernière fois qu’on la vit ensemble, on aurait dit Dieu sur son trône, un ange dans le ciel qui tend la main vers nous, pauvres vivants, perçant la nébuleuse du temps à travers des nuages ourlés roses menaçants. « Il faudra la faire réopérer des végétations ». Poids plume de l’attention prosaïque dans la communication qu’elle ne sera plus là.

— j’aime, dans ton salon, cette odeur prégnante de coriandre qui vient de leur bouquet, leurs longues tiges surmontées de petites fleurs blanches, ça tourne la tête, à boire et à manger. Oui, il y a chez les Morts, à boire et à manger et des petites fleurs blanches qui débordent du trottoir, vols au vent qui s’ignorent, affolent les papilles, troublent et mélangent le vif et le sanguinolent, toujours.

Codicille : Je ne voulais pas prendre un proche et toute la culpabilité qui en dégouline encore et toujours. Non plus qu’un personnage de l’Histoire, fictif, connu, ou anonyme, qui témoigne, qui réclame justice, à qui je permette enfin de s’exprimer.

17. Ce que je ne veux/vois pas pour mon écriture


1 - Je ne veux/vois pas que les personnages aient un nom

2 – Je ne vois pas que ce soit long

3 – Je ne vois pas que ça raconte une histoire

4 – Je ne vois pas que ce soit obscur

5 – Je ne vois pas que ce soit limpide

6 – Je ne vois pas que ce ne soit pas nerveux

7 – Je ne vois pas que ce soit sans rapport avec la langue

8 – Je ne vois pas que ce soit fondé sur des faits entièrement vrais

9 – Je ne veux/vois pas que je le veuille

10 – Je ne veux/vois pas que je ne le veuille pas

11 – Je ne vois pas qu’il y ait une enquête documentaire en-dessous

12 – Je ne vois pas que ça fasse vrai

18. Une vraie histoire (avec un secret à dévoiler ?)


— -

proposition de départ

Il est établi que. Il appert que. Il est confirmé que. Les médias ont révélé que, s’appuyant sur. Ce que je fais ressortir aujourd’hui, le détenant de. En fait. De fait. En réalité. Ce qui est sûr et que l’enquête a prouvé. Ce que nous avons vu. Ce à quoi nous avons assisté. Effectivement et il y a des témoins irrécusables. Le doute est levé. L’affaire est close. On pourra dire que.

Codicille : Je n’ai pas mis longtemps pour concocter ces 2 #. Pour le #17, je commence à repérer ma pratique, que je la veuille ou non, mes tendances, mes préférences. Mais j’espère que cela ne sera pas ma manière pour toujours. Pour le #18, le 17 m’avait déjà fait remonter et appuyer du doigt que j’avais du mal avec le réel. J’ai essayé, mais vraiment, ça m’épuise, ça m’ennuie, comme Beckett avec l’évocation du passé de son personnage. Je n’arrive pas, ça m’excède, ornementation, ça m’a l’air. Imitation ornée. Et surtout, déjà écrit quelque part, dans le Réel sans doute, puisqu’il existe.

12. Le journal du corps


J’ai passé une partie de ma vie allongée, petite. Je manquai l’école. J’avais la fièvre. Je chuchotais pour parler. Je ne gardais pas ce que j’avalais. Les poumons en feu, maigre, je dormais. Quand je resurgis de tout cela, ce fut pour m’apercevoir que j’avais grandi. Je comprenais mieux. J’écoutais plus. Il y avait un apaisement dans mes gestes, une certaine lenteur acquise là, un aiguisement des sens des sensations mais derrière une cloison, dirait-on. L’idée qui m’habitait, c’était qu’hier je n’avais été qu’un brouillon de moi-même, chiffon agité dans les airs, quand, maintenant, je me dépliais calmement, le corps unifié, les membres lourds mais fermes. Tout cela c’était moi de bout en bout, avec cet apensantissement nécessaire qui m’accompagnait, me guidait et ne me quitterait pas, j’en étais sûre. Comme si je revenais d’un autre monde qui me rendait, non différente, mais différentiée. J’étais en retard, j’avais des connaissances à rattraper, mais nul affolement, une curiosité indifférente, comment dire, pour la manière dont je serai à la hauteur, comme si ce n’était pas moi qui devais accéder, comme si cela ne faisait pas de doute, comme si j’avais travaillé ces matières-là dans mon absence du monde, ma maladie, mon sommeil, de là dont je m’extirpais. Un corps démultiplié, une lucidité effrontée, j’effrayais plutôt que je n’attirais la bienveillance des visiteurs. Qui laissaient un creux de silence bienfaisant m’installer auquel je n’ajoutais rien.

13. Le fait que


proposition de départ

Le fait que petite est ma taille : plan trop rapproché. Le fait que l’univers en expansion est rétractible : plan trop large. Mais le fait qu’on le sache. Le fait que remplir. Le fait que quoi ? Le fait que le petit ruban de notre temps, l’occuper. Le fait que pas bouger. Le fait que progresser. Le fait que c’est selon les uns et les autres parmi les humains. Le fait que le Soleil et l’Univers, obsolescence programmée, qu’on le sache et qu’avant, jamais, non. Le fait que toutes les craintes, et même de nouvelles. Le fait qu’ en attendant ici, la maison brûle, étouffement, abîme et vertige. Le fait que je n’aurai pas le temps de savoir. Ou si. Le fait que ma taille est petite, ma présence anodine, mon passage inaperçu. Le fait que laisser des traces. Le fait que les traces peuvent cacher la piste ou ne rien indiquer du tout. Le fait que toujours on a voulu laisser des traces. Le fait que les faits sont-ils factuels ? Le fait que je pense que je non-suis. Le fait que la vie est un songe. Le fait que je ne le saurai pas.

Codicille : Il y a un écho avec mes 27 septembre de l’avant-dernier atelier : mes sujets de préoccupations n’ont pas changé. Mais je crains que cet angle d’attaque ne soit trop résolument abstrait, je ne suis pas sûre que « ça » passe. Rien du corps, par exemple, n’est donné à voir. Peut-être le referai-je de ce point de vue.

11. Des mains


proposition de départ

Depuis peu, tout casse. Les mains me lâchent. Le cœur ni la tête mais mes instruments de préhension. Ca n’a l’air de rien, les mains. Je me récite la litanie, qu’elles ne viennent pas à me manquer : … pour s’habiller, pour se nourrir, pour saluer, coudre, gifler -violence, violence, jamais ne me quitte… la main-cuiller pour boire de l’eau, la main-langue pour communiquer, la main-caresse, la main-sauvetage. Et Rubinstein montrait comment élevées lentement sur un dernier accord, elles appelaient, elles convoquaient l’ovation de toute la salle. Je peux rêver des heures. Ce matin, c’est advenu. Les mains molles, les mains qui pendent, les mains rétives, désinvoltes, qui ne veulent servir à rien. Je les soulève à l’aide des bras, les dépose sur la table, comme des bougeoirs à allumer, non, comme de paluches pantelantes. Car immédiatement les jeux de langage s’engouffrent. Tu n’y vas pas de main morte… Il y en a des milliers. Tous les adjectifs s’y collent. Ne pas essayer. C’est que tellement liées à l’humain. Et incongrue, me vient l’image de l’homme de Sarraute, de « Tu ne t’aimes pas », qui regarde longuement, pensivement, avec componction, les ongles bien faits de ses mains, reléguant le reste du monde au néant, comme il s’aime ! Et brusquement le comble : écrire n’est plus possible ! Je m’affole pour rien, cette fois ce sera la voix qui viendra au secours, un enregistrement fera l’affaire, enfin une fois branché ! Je ne peux téléphoner ni sortir, je peux crier.

 

10. Cinéma en plein air : double histoire, double scène


proposition de départ

En général, de la toile, les voix les sons arrivent par le vent et repartent aux moments ultimes : de longues vagues comme flux et reflux marin gagnent le rivage du public, s’en retirent quand l’essentiel advient. Et aux immédiats alentours : cris dans les tympans, chuchotements chevauchant les dialogues, petits pieds créant des allées entre les chaises. Le film, on ne le comprend pas, à moins de l’avoir déjà vu. Par moment, on entre dans son périmètre intime. Puis l’air fraîchit, claquement de tissus, zips de fermetures, froissements de sac, des gens se lèvent, ombres ajoutant aux ombres de la projection. Les chuchotements s’empilent. Alors que là-haut, il fait chaud, la mer est pure, ou la misérable pièce où se débattent les acteurs n’a pas de fenêtre, ou le baiser lascif n’en finit pas, et nous pendant ce temps-là, on court après le sens de tout ça. Par ailleurs, qui a dit que l’écran était plat ? Il frissonne, maintenant se soulève par pans entiers, il s’ébranle même. Va-t-il quitter la place ? Il a des spasmes, des tremolos, il fait partie du vivant, on a peur pour lui. Pour nous qui pourrions mourir à coup de barres métalliques, de voiles comme celles d’un navire, de ce montage fragile. Aussi dans la débâcle, le buste courbé sous les attaques de pluie, puis se levant, se baissant pour avoir un bout d’image - les dialogues, il n’y faut plus compter – on est venu pour voir un film, c’est un ratage, on le savait, on voulait connaître ce qu’on n’avait pas expérimenté, sortir de la grotte de Platon, avoir une perspective en somme, et on est mêlé à la boue, l’écran au loin s’éloigne, Terre, terre lointaine, aux rades inconnues, pas moyen, la fange, la fange englue. Un « T’as aimé ? » finit d’exaspérer.

 

6. Trouver le nom du chat


Laissbouillant adressa un clin d’œil à Crounennkohl. Ces deux savaient y faire. Le client était cuit. Un certain Dearoldfellow. Voilà. Ils avaient eu pour mission de lui faire sa fête et ils n’allaient pas s’en priver. Ensuite Douxvelin viendrait boucler l’affaire, cela ne les concernerait pas. Labrelle serait satisfait et Portejoie furax, mais on n‘en parlerait. Sauf dans le journal local « Le Poignard du Centre » vien entendu. Mais la bande se sera déjà dispersée. Seul Clicbarite pourrait y passer. Bien fait pour ses pieds. Fallait pas embêter la petite. Ca se fait pas. La jolie Labridelle ! Quel gougnaf...

14. Que racontes-tu, la Morte ?


proposition de départ

J’aime la peau de mon bras contre ma bouche, ma peau encore tendue et moelleuse, appétante. Je ne savais pas dans quel état ça me. Et vérifiais de loin en loin. Des bribes de ce que je fus reviennent. Des bulles entre deux eaux. — Que racontes-tu, la Morte ? J’aime ce qui m’a été infiltré de ma prime jeunesse, ce qui se passait sous mon nez et que je ne voyais pas. Qu’un fameux frère m’a dévoilé. Ce théâtre d’ombres cachées pendant mon grandir tant bien que mal et je me noyais. Ombres cachées, ombres croisées où Père et Mère chacun de son côté tentaient de s’extirper de ce filet dans lequel pris. — Tu parles aussi énigmatique que t’écrivais. Museau, la Morte ! On n’en finit pas de t’entendre en rajouter. C’est fini maintenant. C’était déjà fini de ton vivant. J’aime qu’Elle ait parlé de moi dans un futur détonnant, dont elle ne serait pas, dont elle sait qu’elle ne serait pas, dont elle dit qu’elle n’en sera pas. « Il faudra la faire réopérer des végétations car elles repousseront ». Des arbres dans les naseaux, en somme, qui empêchent de respirer. En effet, oui. Il faut. — Ta mère, sur son lit d’hôpital ? On aurait dit Dieu sur son trône, un ange dans le ciel qui tend la main vers nous, pauvres vivants, perçant la nébuleuse du temps à travers des nuages ourlés roses et menaçants. — Ton enfance, la Morte ! Toujours collée à ton enfance ! Comme une vignette qui s’accroche, tiens comme le sparadrap du capitaine Haddock ! J’aime, dans ton salon, cette odeur prégnante de coriandre qui vient de leur bouquet, leurs longues tiges surmontées de petites fleurs blanches, ça tourne la tête, à boire et à manger. Oui, il y a chez les Morts, à boire et à manger et des petites fleurs blanches qui débordent du trottoir, vols au vent qui s’ignorent, affolent les papilles, troublent et mélangent le vif et le sanguinolent, toujours.

Codicille : J’ai été empêchée d’écrire par la mort de mon chien — quel ridicule… Bref, je prends le train en route et remonterai la chaîne des stimuli.


page proposée par François Bon, pour Tiers Livre
Tiers Livre Éditeur, la revue – mentions légales.
droits & copyrights réservés à l'auteur du texte, qui reste libre en permanence de son éventuel retrait
1ère mise en ligne 27 septembre 2020 et dernière modification le 9 novembre 2020.
Cette page a reçu 123 visites hors robots et flux (compteur à 1 minute).

Messages

Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?
Se connecter
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Lien hypertexte

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d’informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)

Ajouter un document