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conceptuel


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Traduire c’est une expérience tellement plus dense que la lecture, même approfondie et répétée : en traduisant le Uncreative writing de Kenneth Goldsmith (L’écriture sans écriture, JBE, 2017), j’arpentais une suite de couloirs qui bien sûr étaient déjà présents dans mes représentations intérieures, mais que j’avais cette fois à manipuler. Chaque expérience de Kenny (imprimer tout Internet, retranscrire en livre de 800 pages, ligne à ligne, l’intégralité d’un numéro du New York Times, transcrire dans 7 Deathes, de John Kennedy à John Lennon et Michael Jackson en passant par le World Trade Center et l’explosion d’une fusée Apollo, le désarroi des médias en boucle, et d’autres expériences en voie de passer légendaires), d’une part il y avait la constitution historique de ces démarches, leur fondement depuis les arts visuels (John Cage, Sol LeWitt, Andy Warhol), mais leur ébranlement depuis le sein même de la littérature (Gertrude Stein), et comment on pouvait en hériter au présent : ainsi les Définitions de Craig Dworkin, mais les transformations génétiques avec codage de générateur de texte dans des bactéries susceptibles de survivre à l’espèce humaine, y compris dans le froid sidérant du cosmos (Christian Bök), ou ce livre fait de graffes suivant les récurrences des lettres dans le livre culte Flatland, et de ne conserver que ces graphes (Derek Beaulieu). Paradoxe pour moi : l’inventivité de ces démarches conceptuelles met à nu, émergeant du sol fossile, des rouages précis et actifs de l’invention littéraire. Ils sont présents, au moins leurs harmoniques, dans toute mise en oeuvre d’écriture. Quoi que j’écrive, depuis toujours, j’ai toujours en tête ces fonctionnements et comment ils sous-tendent, même de façon invisible, ce que je suis en train d’écrire, et c’est bien plus déterminant que toute question sociale ou toute assignation de contenu. Pourtant, je n’appartiens pas au monde des auteurs conceptuels : les réalisations induites par ces démarches sont plus vives et frappantes dans leurs protocoles (mais c’est depuis Lawrence Weiner ou Sol LeWitt) qu’en tant qu’immersion dans la lecture d’un livre. J’ai rarement utilisé ces protocoles, par exemple, en atelier d’écriture. Pourtant, les personnes citées ici je les considère comme m’étant infiniment proches, y compris dans ce qui sépare le conceptuel de l’écriture à contraintes, comme l’Oulipo.

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1ère mise en ligne et dernière modification le 9 avril 2021.
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