urbanisme | l’espace pour y jouer

résidence Paris en Toutes Lettres, une semaine d’immersion à la Défense


L’espace public ici est vaste (à pied, on le mesure vraiment) et complexe (quatre quartiers principaux). Surtout, il est mixte : des tours de bureaux, des espaces commerciaux, une déambulation parmi des oeuvres monumentales d’artistes contemporains, et finalement beaucoup de logements. 150 000 personnes viennent ici chaque jour pour le travail, plus d’un million par an pour le tourisme : c’est plus qu’un château de la Loire, et 20 000 qui y habitent.

L’espace public, parce qu’il s’agit d’un geste d’urbanisme délibéré, inclut des zones vertes, des interventions paysagères, des circulations et déambulations piétonnes, et des zones de convivialité, où attendre, parler, être ensemble. Hier, me suis attardé un peu systématiquement dans ces points : systématiquement, ils sont vides. Le son ambiant s’éloigne, les circulations piétonnes sont plus lointaines, ce ne sont pas des points neutres. Des lieux voués à la circulation deviennent au contraire des lieux pour cette attente urbaine, qui est veille, qui est mise à jour, qui est peut-être juste repos : ainsi les marches de la Grande Arche (mais selon le principe des marches de la piazza di Spagna à Rome ou de la butte Montmartre).

Question aux urbanistes : comment supposer que ceux qui ont vitalement besoin de s’approprier l’espace public le fassent dans les zones assignées ? Comment construire ou anticiper que cette appropriation se fasse selon ses propres modalités ?

Ainsi, ce lieu voué au sport pour les jeunes a-t-il été prévu par les urbanistes : sinon, on n’aurait pas trouvé le (lourd) budget pour les grillages, ferronneries, sol de ciment du terrain de basket enfoncé entre rail et voies, sous le pont autoroutier.

Mais, dans cette brutale descente aux espaces de fonctionnalité (sortie des parkings, ventilation malsaine des tours, bouche où le rail s’enfonce sous le béton), eux ils ont installé leur table de ping-pong. C’est protégé des intempéries, et la frontière est parfaitement fixe : on ne pénétrerait pas ici comme on vient s’asseoir sur un banc, c’est chez eux.

Et pourtant, quelque chose me gêne. Quelque chose signe cette fissure, où la pensée de l’urbanisme, qui se veut prédictive, ne sait pas organiser en elle-même que la nécessaire appropriation se fasse contre elle-même. Quand bien même on aurait passé l’âge du jeu, mais que cette marque sur le sol qu’on habite est d’autant plus essentielle.


responsable publication François Bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 3 mai 2011
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