roman-photo | la porte dans le mur

résidence Paris en Toutes Lettres, une semaine d’immersion à la Défense


Cette fois, pas de fiction ni de mensonge : nous sommes cinquième sous-sol, et voilà une porte dans le mur. Une porte pour rien. Une porte où personne ne peut entrer, une porte dont on ne sait où elle peut mener. Une porte ratée.

Dans la littérature fantastique, revient souvent ce motif de la porte dans le mur. Une nouvelle de H.G.Wells porte ce titre, mais il y a aussi Le Golem de Gustav Meyrink, et le conte Don Juan de E.T.A. Hoffmann – plusieurs récits de Kafka, aussi, où une porte est essentielle.

Nous sommes dans un lieu précis, hautement sécurisé. Ici sont conservés plus de 40 ans de plans (mais les plans, ce n’est pas simplement la carte de ce qui existe, c’est les projets, les modifications, le permis de construire, la réception des travaux, les transformations), d’un ensemble compliqué, dix niveaux au-dessous, et de vingt-cinq à cinquante au-dessus – et savoir aussi ce qui le porte dans le sol (qu’ils sont beaux, les douze piliers qui portent la Grande Arche).

Et c’est là, précisément, là où on devrait tout savoir, qu’une porte arrive dans le mur, inutile et énigmatique, condamnée – mais qu’y a-t-il de l’autre côté ?

Comment chercher le plan qui a provoqué l’erreur ? Et si alors on se prenait à douter ? Si on se mettait à penser que toute cette organisation solidement pensée reposait sur des erreurs, des hasards, un labyrinthe dont l’usage pourrait se retourner contre le dispositif même ?

Ainsi, pourquoi jamais de concerts, quand le parvis s’y prêterait si bien : sinon parce que personne (et nulle machine) assez savant pour calculer et établir quelles fréquences en provoqueraient la vibration, comme ces grands ponts et viaducs vibrant dans le vent, et peut-être l’écroulement. Déjà, à 9 heures, le matin, cela résonne étrangement sous cent cinquante mille paires de talons synchrones se dispersant en moins d’une heure de temps.

Brisons là : au moins une personne sait où mène la porte condamnée, je l’ai vérifié. Reste l’erreur. Qu’ici, au cinquième sous-sol, en plein sous le parvis, on vous prouve que toute la Défense est bâtie sur une erreur.

Sous-sol sécurisé, stockage de l’ensemble des plans du site (vue –très – partielle)..
Avant l’architecture par ordinateur, la beauté du travail sur calque.
Archives de la Défense, les projets non réalisés, autre mine à merveilles.
Comme en bibliothèque on "désherbe" les livres, élimination de plans transitoires.
LES MOTS-CLÉS :

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1ère mise en ligne et dernière modification le 4 mai 2011
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