#2 MOU

Il y a ce qui est dur et ce qui ne l’est pas ce qui ne l’est pas est parfois liquide d’autre fois pas c’est le ventre du quinquagénaire le croûton trop longtemps MOU trempé dans la soupe c’est l’homme MOU pommettes de l’enfant qu’on embrasse et même la plante de ses pieds qu’on chatouille et rires aux éclats MOU avachi pour qui toute décision trop rapide est impossible le nuage dans le ciel d’automne d’été de printemps la neige mais pas toujours selon MOU la température soit dure soit liquide soit molle et l’on s’y enfonce ou le sable MOU mouvant mu nu chaque grain dur incassable sec et rayant plus que du verre mais ensemble humide où le pied laisse une trace et suinte l’eau du dessous MOU l’édredon l’oreiller on se pelotonne ou se recroqueville position fœtale humus mousse tapis d’aiguilles de pin sous-bois MOU confort chaud tiède enrobage de crème fouettée cœur coulant de la mollesse des gourmandises inavouables MOU le gant de toilette le ton de la femme lasse qui capitule l’homme en panne MOU forcément le caramel beurre salé suintement liquéfaction intermède MOU laisser-faire et laisser-aller laisser venir laisser tomber laisser MOU grisâtre orangé rougeâtre décoloré passé MOU ni doux ni rêche ni ferme ni tranchant montres de Dali qui se répandent impossible à remonter qui glissent entre MOU les doigts argile façonnable tour du potier le vase vague qui s’effondre et recommencer encore à la vitesse adéquate modelage et remodelage MOU flasque regard de la vache qui voit passer le train par 35 degrés à l’ombre des peupliers assoiffés MOU le juge un brin laxiste du délinquant trop malin qui file sans chercher à comprendre flan le flic qui ferme les yeux le père qui renonce à la punition méritée le bruit de la pâte de fruit qui tombe sur la tomette fraîche de la cuisine en été sans attirer l’attention de quiconque MOU le rythme sans saccade du neurasthénique sous Prozac l’algue rejetée par l’écume aux pieds du baigneur et sa bouée canard dégonflée MOU la solution de facilité l’irrésolution maladive l’attentisme persévérant la paresse et les siestes à rallonge les jours de canicule MOU entre-deux surfaces épaisseurs molletons éponges serviettes froufrous doudounes viscères muscles oubliés des salles de sport tissus adipeux cellulite graisses accumulées peau vieillie furoncle MOU fromage riz trop cuit moisissure décomposition MOU le souvenir qui s’estompe le coussin le matelas trop vieux MOU sans structure invertébré innervé la deuxième bouteille de rosé qu’on n’aurait pas dû boire le bitume chauffé collant poisse glaires les bruits étouffés le bois tendre le lien détendu détendu détendu MOU le ballon crevé le corps de l’araignée la limace le lombric le poulpe l’encornet les denrées avariées MOU encore un caramel avec surprise des éclats de noisette durs comme de petits graviers qui craquent sous les dents dans un bruit sec MOU

A propos de Sébastien Bailly

Auteur de nombreux livres à compte d'éditeur (d'abord pratiques, puis sur la langue et les jeux de mots), mon premier roman, Mum Poher, est sorti en septembre 2019 après l'autoédition d'un roman jeunesse sur Amazon. Je donne des cours de techniques rédactionnelles (orientés professionnels, journalistes, communicants), et fais deux trois trucs sur Internet depuis un quart de siècle.

4 commentaires à propos de “#2 MOU”

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