2007.03.25 | Bergounioux, sculpter le sculpteur


J’aime de plus en plus photographier (j’ai même changé d’appareil, mais celui que j’ai comporte des réglages, focales, vitesse, à quoi je ne comprends rien même si je comprends quand des photographes comme Schlomoff m’en parlent). Les paysages c’est bien parce que ça ne bouge pas, et si c’est soi qui bouge, pas grave que ce soit flou.

Mais je ne photographie jamais les gens. Je n’ose pas. Et puis j’ai ce problème de reconnaissance des visages, depuis l’enfance. Encore, à Saint-Etienne, ces trois jours, plusieurs quiproquos, ou bien des amis que j’attendais d’y rencontrer, ils y étaient et je ne les ai même pas abordés, ils ont cru que c’était parce que j’étais trop occupé ou concentré.

Alors évidemment je ne m’étonne pas qu’à oser photographier un visage ce soit tout flou. Lui j’en prends le droit parce qu’il est fait d’acier, il est scupteur d’acier, il soude, il meule, il tronçonne eet son corps est une peu devenu ça. Je ne sais même pas s’il est vraiment réel, en fait : une sorte d’être de langage, qui ne doit pas coïncider avec cette silhouette cigarette à la main (je confirme pour Jean), qui vous parle d’ailleurs du fait que lorsque le crâne de Descartes avait été à vendre, en 1992, il s’était rendu à Drouot et avait mis toutes ses économies dans la vente (ça n’avait pas suffi).

Alors lui je le photographie en flou parce que c’est mon ami, et que ces photos en flou représentent un peu de la façon dont un visage s’imprime dans mes perceptions intérieures : je connais sa voix, ses phrases, ses livres, mais sa figure non, pas tellement.

C’est très bizarre, d’ailleurs, de m’être aperçu que la dernière fois que je l’avais photographié, c’était à Beaubourg, juste sur mon téléphone portable, hyper trash, cette image maintenant voyageait : je l’ai retrouvée dans la presse et sur des affiches, concernant des événements avec lui. Pourquoi pas : c’est copyleft, ce site. Mais quand même, la vision en flou m’appartient. Je ne sais pas pourquoi je n’arrive jamais ni à photographier ni à retenir un visage.

Pierre bergounioux, photographié par François Bon
Pierre Bergounioux, photographié par François Bon
Pierre bergounioux, photographié par François Bon
Pierre Bergounioux, photographié par François Bon

LES MOTS-CLÉS :

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 25 mars 2007
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