Rilke et le phonographe
lundi 21 novembre 2011
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La littérature allemande m’a toujours fasciné, toujours eu l’impression d’harmoniques rapportées de zones non accessibles, mais désignées dans le livre, là où nous montrons du cristal dur et coupant, mais tout sur la scène. Et cela pour moi vaut pour la langue, donc aussi bien pour les non-Allemands comme Kafka ou Thomas Bernhard, que pour les écrivains non-littérature comme Ernst Bloch, et bien sûr pour tous les romantiques et au-delà. Donc, a priori, si Martin (@marluras sur twitter) promène un livre en allemand, avec en plus l’idée qu’à moi inaccessible parce que non traduit, c’est l’épaisseur même du livre qui m’évoque son origine. Voilà ce qu’est capable de me dire par e-mail mon ami Martin Rass : Dans ce texte de 1919, Bruit premier (Ur-Geräusch) (dans la pleïade, p.635), Rilke compare le caractère plastique du sillon phonographique avec les sutures crâniennes, s’y on mettait directement en contact le style de l’enregistrement du phonographe avec la suture crânienne, on pourrait donc capter le "bruit premier" (Ur-Geräusch). Dans cet épais livre rouge qu’il avait avec lui à la cafet mercredi dernier – Friedrich Kittler (lien vers trad anglaise du livre, bien sûr tout se monde-là s’entend à merveille sur notre ignorance consentie) –, le dernier tiers du livre était tout entier consacré à l’histoire de la machine à écrire (histoire que j’avais établie pour ce qui me concerne), et son impact sociologique autant que sur les récits même – par exemple reproduisant la première machine à écrire sphérique que Nietzsche a rendu célèbre : j’aimerais, aujourd’hui, un ordinateur sphérique. Mais cette image ci-dessus nous rejoignait de la même façon : il y voyait une fabrique de guerre, la mise au point de tanks. Moi je ne sais pas. Plutôt l’écriture elle-même, devenue insecte mécanique, et susceptible d’aller se reproduire en tous recoins de la ville. Imaginez que vous programmiez chacune, avec un texte de Kafka, une autre du Borges, une autre du Artaud etc, et qu’elles aillent d’elles-mêmes trouver leur chemin, par caves, escaliers, greniers, lits, bureaux...


François Bon | le journal images
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1ère mise en ligne et dernière modification le 21 novembre 2011.
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Messages

  • Tandis que je baladais ce gros volume, et me (re)baladais dans le premier tiers (phonographe et communication Sebald oblige) tu es passé au troisième.
    En fait c’est plus qu’une machine de guerre (référence au marchand d’armes qu’est Remington), c’est la fin d’un système symbolique, de l’auteur du text (l’homme) et de l’auteur du tissu (étymologiquement proche - tissu, textile, texte) (la femme), remplacés par la mécanisation, par d’autres symboles - Kittler le décrit sans deuil ni pathos. (évidemment on peut le lire comme un nostalgique qui regrette la disparition du manuscrit).
    Autre chose qui me vient à cette photo précise, on est loin de l’idée d’une prothèse que la machine est censée être, elle est bel et bien indépendante, comme dans ton histoire de programmation et prolifération, ici, c’est plutôt l’homme, qui est un annexe, associé au qwerty ou à l’azerty (comme Foucault le met en scène dans l’archéologie du savoir)
    Sur ce, il faut quand que je prépare encore un cours pour demain (Malling Hansen, Schreibkugel en cadeau, pas un ordinateur sphérique, mais beau quand même)

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  • (j’écoute encore Leprest, "le copain de mon père") j’ai lu ce que l’Employée de Saint-Laurent a écrit et j’ai trouvé ça tellement bien... J’ai eu des nouvelles de ID et j’ai trouvé qu’elles étaient fort bonnes... je suis revenu et dans le métro, elle dormait, voilà tout (on s’abandonne, la 2, elle, continue ; c’est une attitude tellement courante, je me demande si ça ne fait pas un feuilleton)

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    • je ne sais plus, j’avais dix huit mois, peut-être, mon père me portait sur son épaule, c’était à Paris, rue de Belleville mais je ne m’en souviens plus, pensez voilà bien près de soixante ans de ça, mais je me souviens, c’était par un(e) de ces après-midi de novembre où l’air est si doux (dimanche rue de Belleville, c’est la foire et les mômes sont fatigués) (pour moi ça va, je marche, j’avance j’écris j’essaye de voir et de regarder)

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  • par ailleurs je lis les mémoires de ce bottier de la rue de Belleville, Maurice Arnoult (on a apposé une plaque sur l’immeuble où il avait son atelier, presque rue des Pyrénées) j’y apprends que le pacte germano-soviétique avait comme effet sur les communistes d’alors de leur faire prôner la collaboration jusque juin 41 (ftp plus tard probablement ffi, tourner un peu sa veste : mais n’importe, ne sommes nous pas tous communistes, aussi ? et juifs tout autant ?) moi je me demande mais je sais que le courage ne m’aurait pas manqué (c’est pourquoi, même si le film est complètement pourri, dans "drive" la scène de l’ascenseur a quelque chose de vrai) (pour le reste, et même pour ça, il ne vaut pas le déplacement) (vu voilà un mois, mais n’importe) (ici le libraire de la rue -il est en jaune, on le trouve au bar d’en face, en terrasse assez fréquemment, coin rebéval- qui change de local-double la surface-les affaires étant ce qu’elles sont, c’est à dire les affaires, il y a comme qui dirait présomption qu’elles marchent plutôt bien)

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  • j’entame la cinquième année, c’est dit, vingt deux onze, c’est l’anniversaire (je me sens drôlement français à faire ce type de remarque : jack lang en 1989, vous vous souvenez du tableau ?) je regarde passer le métro, au loin l’immeuble qu’on a détruit, le métro qui passe et traîne sa lumière derrière lui, toute cette débauche d’électricité carrefour faubourg saint martin place (de la bataille de) stalingrad (paraît que ce connard de staline était aussi court sur pattes que celui qui, du haut de ses talonnettes, préside ces temps-ci aux destinées de ce cher et vieux pays- que la paix inonde leurs âmes) (putain de billet national, ça)

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    • j’ai appris hier dans quel camp avait été interné mon père en février 1939 à son arrivée en France , rentrée chez moi le téléphone et une voix qui devient en parlant une voix amie me parle de mon père et me dit où, plongée vertigineuse dans le passé , réponse à une question qui est à l’origine de mon blogue Effacements, et puis après des nouvelles d’une partie de ma famille, la famille les racines l’arbre généalogique... je suis loin de l’/mon histoire familiale, je suis loin des liens familiaux, que faire partir voir ce vieil homme de 80 ans qui a bien connu mon père ou rester éloignée et ...

      Voir en ligne : http://effacements.blogspot.com/

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    • pars à 7H20 pour prendre le 123 embarque avec moi la conférence sur le duende ah le duende sur la route du travail on me parle projet projet me semble creux mais bon à moi de creuser aussi, et le plaisir d’écouter les voix étrangères, sur le chemin du retour arrêt sur les arbres

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