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Rilke et le phonographe

La littérature allemande m’a toujours fasciné, toujours eu l’impression d’harmoniques rapportées de zones non accessibles, mais désignées dans le livre, là où nous montrons du cristal dur et coupant, mais tout sur la scène. Et cela pour moi vaut pour la langue, donc aussi bien pour les non-Allemands comme Kafka ou Thomas Bernhard, que pour les écrivains non-littérature comme Ernst Bloch, et bien sûr pour tous les romantiques et au-delà. Donc, a priori, si Martin (@marluras sur twitter) promène un livre en allemand, avec en plus l’idée qu’à moi inaccessible parce que non traduit, c’est l’épaisseur même du livre qui m’évoque son origine. Voilà ce qu’est capable de me dire par e-mail mon ami Martin Rass : Dans ce texte de 1919, Bruit premier (Ur-Geräusch) (dans la pleïade, p.635), Rilke compare le caractère plastique du sillon phonographique avec les sutures crâniennes, s’y on mettait directement en contact le style de l’enregistrement du phonographe avec la suture crânienne, on pourrait donc capter le "bruit premier" (Ur-Geräusch). Dans cet épais livre rouge qu’il avait avec lui à la cafet mercredi dernier – Friedrich Kittler (lien vers trad anglaise du livre, bien sûr tout se monde-là s’entend à merveille sur notre ignorance consentie) –, le dernier tiers du livre était tout entier consacré à l’histoire de la machine à écrire (histoire que j’avais établie pour ce qui me concerne), et son impact sociologique autant que sur les récits même – par exemple reproduisant la première machine à écrire sphérique que Nietzsche a rendu célèbre : j’aimerais, aujourd’hui, un ordinateur sphérique. Mais cette image ci-dessus nous rejoignait de la même façon : il y voyait une fabrique de guerre, la mise au point de tanks. Moi je ne sais pas. Plutôt l’écriture elle-même, devenue insecte mécanique, et susceptible d’aller se reproduire en tous recoins de la ville. Imaginez que vous programmiez chacune, avec un texte de Kafka, une autre du Borges, une autre du Artaud etc, et qu’elles aillent d’elles-mêmes trouver leur chemin, par caves, escaliers, greniers, lits, bureaux...


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 21 novembre 2011
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