hôtel de la Paix


Devant l’hôtel de la Paix muré, une table avec seulement trois pieds (le quatrième posé à côté), un poste de télévision, une valise ouverte, un tapis. Cela constituerait une allégorie du monde, comme les pommes de Cézanne. Un peintre ne s’installerait pas avec son chevalet, là où l’appareil photo numérique attrape et la crasse et l’instant. Le peintre est venu, cependant. Mais là où j’emporte avec moi l’image, lui l’a laissée sur les carrelages du mur. Sur la plaque enlevée (l’inscription Hôtel de la Paix est au-dessus, hors champ), un tag Empire State of Paris dont il faudrait pister la reproduction ou la propagation dans ces rues en attente. Et sur les deux anciennes fenêtres ce qui sera – balcon après balcon – le bâtiment neuf qui va venir remplacer la vieille rue, mais une fois que ces balcons seront vieux, eux aussi. Le visage n’est pas une réussite : la bande dessinée fonctionne principalement par archétypes, c’en est un. Les balcons vieillis de ce qui n’a pas encore été construit, voilà un signe plus singulier. Reste à interpréter le poste de télé et la valise abandonnée : s’ils ont été placés là par le peintre lui-même, fixés à même le trottoir pour élargir la notion même de l’image qu’il installe sur le mur, tout cela devient bien plus intéressant.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 14 janvier 2012
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Messages

  • le peintre est venu mais il avait oublié son chevalet, garé un peu plus loin

  • la ville a toujours été ainsi
    se renouvelant se rénovant
    mais pas aujourd’hui
    car plus personne au dedans
    ils ont tout laissé
    tout est là à nos pieds
    dormir dehors loin
    de la céramique jaune or
    et de l’histoire reste
    un nom comme un rêve
    espoir
    sinon à quoi bon

  • l’un de mes murs (la propriété, quelle blague), élagage de l’arbre (l’un des miens) , c’est le soin, c’est pas spécialement l’hiver, mais on aime les cadres beiges (sans doute le peintre les a-t-il oubliés là), la mousse qui présume du jardin, le lierre en forme de porte et la porte... Paris ville Lumière et capitale du monde...

    • avec le cliché c’est mieux

    • celui qui marque le coin Aboukir-Nil- Poissonnière (pas des Poissonniers) (c’est dans le 2), le tag a été ajouté (comme dirait TàG) (en réminiscence de ceux semblables qu’on pouvait voir sur les deux chantiers -immeuble boulevard et coin fbg/bvd) (le départ de Lafayette) (nous y voilà, AS) (et du journal de Bataille) (nous y sommes, Phil M.)

  • La paix derrière un mur (comme en Palestine) : normal, et la peinture comme une fresque de Pompéi avant écroulement définitif.

    Parfois aussi une mélodie allusive collée au-dessus du rideau métallique d’une boutique fermée - mais on ne peut agrandir la photo : "BeBop Star" proclamait l’enseigne (hier à Boulogne-Billancourt), et "A louer, La Tour Immo".

    J’ai cru entendre de la musique traverser la devanture mais ce devait être une hallucination auditive.

    Voir en ligne : Le Tourne-à-gauche