Rolling Stones, patience de construire


Bizarres journées qui s’enchaînent, principalement devant les 3 écrans, lourdement lestés d’onglets et fenêtres simultanément ouvertes, tâches à faire, google.doc et dropbox clignotant régulièrement puisqu’on est 5 d’attelés à la même charrette. Ce n’est pas du retard : double mouvement, côté de notre partenaire, logistique complexe, étape après étape, et de notre propre côté, puisqu’en fait on ne savait pas vraiment ce que c’était, la construction physique d’un livre, même si chacun d’entre nous dispose en gros de la maîtrise de son rôle. Donc, ce n’est pas seulement construire les 50 fichiers (et les 20 qui suivront début septembre, et les polars qui suivront début octobre) qui vont être mise en ligne cette semaine pour la fabrication des publie.papier, c’est construire notre propre méthode de travail, et qu’elle puisse vite redevenir compatible avec la tâche première, les nouveaux textes, la création numérique – mais justement, dans une version simultanée papier+epub qui devrait alourdir un peu la donne. Pour l’instant, on travaille dans bien trop de confidentiel, et c’est usant – au bout de trois ans pleins c’est usant. Donc oui, j’ai mon lancement de journée, comme j’ai toujours fait, dans le lancement du jour, temps où on ne s’astreint à rien de ce qui concerne les autres. Dans les choses non évoquées sur le site, il y a eu, cet hiver, un gros projet Rolling Stones qui a fini noyé, positif quand même, parce que ça m’a permis de m’y recoller à fond – projet iPad qui avait commencé sous les auspices directes d’Uncle Mick, et d’un merveilleux accès à des banques d’archives images réservées (merci E. B-C.). Et ça booste la reprise numérique de ma bio Fayard, avec ses 10 ans d’âge et ses 2 éditions de poche, et droits numériques qui m’appartiennent bien sûr. Le rêve aurait été le lancement de l’édition numérique, révisée et augmentée, pour le 12 juillet, date historique d’anniversaire du 1er concert au Marquee. Mais je comptais qu’au 20 juin le cap publie.papier serait passé, pas grave. J’avance lourd dans cette révision, mais c’est un livre de 1000 pages, ça ne se gère pas comme ça. Reste que pour ce bouquin il y avait eu plus de 10 ans de doc, et 6 ans de rédaction continue – dépôt qui ne s’annule pas. J’ai à préciser certains points, on en sait plus sur certains moments, mais globalement pas de révolution dans ce qu’on connaît, même si on aimerait pour chacun d’eux le travail fait par Keith avec Life. La forme biographique est un outil extraordinaire : parce que le lien au réel est fondé par la documentation, on ne se saisit que de ce qui est attesté. Mais cela, il faut le reconstruire et le faire exister. À chaque point, on déplie leurs propres paroles, et comment les versions recréent un prisme qui, par relief et diffraction, permet de mieux entrevoir le réel source, là où cesse la documentation. Et toujours le travail de la questione elle-même : on n’est pas linéaire, on intègre tout du long les échappées vers le présent, et vient une assomption où tout ce qu’il y aurait à dire pour la suite est déjà inscrit dans le parcours – ça je le garde. Ce qui m’a désolé, dans l’écroulement du projet lourd de cet hiver, c’était l’idée, pour l’appli iPad, de développer des textes extrêmement brefs, qui soient chacun une plongée dans une image, un instant, un portrait. Ces dernières semaines, entrer dans la bio d’il y a 10 ans était rude, une marche très haute. Or, chacune de ces histoires je sais les raconter, elles sont en large partie mon paysage intérieur, ma cour Louis XIV de Saint-Simon. Pas de ma faute, ça garde validité par l’amplification de tout, par le nombre restreint des personnages, et la conscience purement artistique qu’ils ont d’eux-mêmes, leur capacité aussi à l’exprimer. D’où cette idée de le faire sur le site, en ligne, point par point, mon propre instant de lancement, d’élucidation, mais sans idée de continuité. Pour retrouver la paluche à sculpter les Stones. Sais pas si ferai ça pendant un an. C’est assez secondaire. L’autre guitar hero c’est Tallemant des Réaux : on peut en faire tenir, dans la contrainte d’une seule page, chaque matin. Revisiter tout ça en résolution agrandie. Pendant un temps, on aurait pu faire ça dans la presse, ou à la radio. Autre déception cet hiver, on avait évoqué un feuilleton sur la vie de Lennon, là aussi j’ai des kilomètres de doc, j’étais prêt à m’embarquer, puis d’un coup plus aucun mail. Je comptais un peu là-dessus pour les phynances de cet été, mais ça c’est bon, on a l’habitude – c’est juste un peu plus rude à l’approche des soixante balais. Pour ça aussi que c’est bien de travailler sur les Stones, et sur leur propre idée de leur vieillissement. Donc ça commence jeudi, j’ai une petite semaine d’avance, c’est bizarre aussi : écrire, cliquer sur publier, et mettre la date retardée de mise en ligne. Quant à la bio en version epub et Kindle, si ça va ce rythme, ce sera pour toute fin de mois ou début août : immense plaisir en ce moment à relire sur mon Kindle Touch les bouquins Stones disponibles, vrai goût désormais au livre numérique en tant que tel, recherches d’occurrences, commuter d’un livre à l’autre en permanence dans le cartable (j’ai aussi une intégrale Proust, une intégrale Lovecraft et une intégrale Montaigne dedans, autant dire qu’il est tout le temps dans ma poche). Et si les 365 récits brefs donnent l’idée d’aller télécharger sur publie.net la bio intégrale, ses références, ses citations, c’est peut-être en soi une nouvelle forme à inaugurer ? (Source image : Blue Lena).



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 10 juillet 2012
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Messages

  • le type même de truc dégobillant : pendant plusieurs mois, être là à regarder les avancées d’un chantier (en plus, le genre de chantier dégobillant, on sait bien que c’est moche, que ce sera moche, et que ça n’en finira pas d’être moche- ce sont des logements sociaux faut comprendre) on s’absente quelques jours, et ces chiens du bâtiment (quand il va, tout va) en profitent lâchement pour démonter leur grue (la dernière photo d’icelle, en date du 4 juillet) (dlamerde) (zont dû ourdir leur forfait ce week-end) (pendant le week end, de fait)

  • J’ai téléphoné à S/Z ce matin (il m’a indiqué un nombre incalculable de formulaires à déposer chez lui au guichet dix neuf tu le crois pas même quand tu l’entends de tes propres oreilles) (j’ai mailé aussitôt-presque- à H/A, qui m’a dit être en rapport avec R/B à laquelle il allait (si Dieu veut) porter lesdits formulaires demain et me tiendra informé (me revient en mémoire cette histoire "le notaire du havre" que je lisais (duhamel georges ?peut-être bien) alors que ma mère s’échinait, au début des années soixante, (avais-je seulement dix piges ? c’est bien jeune, et je ne lisais pas) (j’ai dû plus probablement lire cette histoire quelques années plus tard) à obtenir un certain papier dont le nom ("quitus fiscal") a toujours, et depuis lors, correspondu pour moi à une sorte de malignité torturée, le supplice de la roue pour Ravaillac n’en représentant qu’un succédané fade) (vue de la cuisine)

  • c’est en quatre vingt dix sept que le cancer s’est pointé chez elle ; elle écrivait déjà, a continué pour la peine, ce livre "chimiofolies" chez HB éditions montre que contre la maladie, quelle qu’elle soit, on peut se battre, on doit se révolter, on doit cogner fort, et merdauxcons, alors aujourd’hui qu’elle s’en est allée après une quinzaine d’années de lutte, de constructions pour son embellie du boulevard henry 4, pour son appartement de Vincennes, pour ce qu’elle était (sympathique, drôle, amicale, timide, perdue, enthousiaste, travaillant à la banque j’en passe et d’autres de son père vivant rue de la gaieté, de sa mère de sa grand mère, de cette tournure de l’esprit, de cette envie de vivre, de cette joie de se battre "enfin" disait-elle), pour tout ce qui se passe et qui ne nous est de rien, pour cette amitié éloignée à présent, des souvenirs et des saluts, Anne