2012.09.15 | au Sénat, la bibliothèque comme image pouvoir


Là, c’est ce pourquoi j’ai eu accès à ce lieu magnifique, mais hors de la circulation commune (lire aussi [division des questions-1391]), la bibliothèque du Sénat, émission télévisée d’une heure, menée par Jean-Pierre Elkabbach, mais le plaisir de retrouver Mathias Enard (cliquer pour lancer la vidéo).

Dans les quelques minutes qui précèdent l’accès multi-contrôlé (Mathias n’est pas en avance, tant mieux), le temps d’aller dans la longue pièce du troisième étage. Ce n’est pas une surprise en soi : celle de l’école des Beaux-Arts, où je me suis tant régalé, contenu et contenant, dans les 2 ans où on m’y a laissé faire atelier d’écriture avant qu’on nous dise de dégager (c’est la notion d’atelier d’écriture qui les choquait, pas moi, je précise – mais c’était mieux de recruter mon vieux frère Bergounioux, déjà fonctionnaire de l’Éducation nationale, la condition de saltimbanque est rude parfois), donc la bibliothèque des Beaux-Arts est une sorte de jumelle réduite.

Quand on pratique Saint-Simon comme je le fais, on voit surtout dans ces pièces la décadence ivrogne de la duchesse de Berry, et jamais trop compris la fonction politique de ce qui se fait ici, vu la proportion de flics et de vigiles ça doit être important. Ce que je n’avais pas perçu aussi nettement qu’ici, c’est ce en quoi la bibliothèque devenait attribut politique du pouvoir, d’une certaine idée du pouvoir, de laquelle nous sommes évidemment déshabitués, y compris dans la fonction même de la bibliothèque.

Cela commence par les places les plus près de l’entrée, avec vue sur le jardin évidemment, et la petite pancarte indiquée (masculin seulement) Réservé à Mrs. les Sénateurs. Symbolique aussi (j’avance dans un livre que je considère important, et dispo en numérique, Le monde plausible
de Bertrand Westphal, les deux mappemondes qui ont beaucoup moins vecteur de carte et de représentation du monde extérieur (thèses Westphal), que de symboliser ici le territoire sur lequel s’exerce l’emprise des livres qu’on y accumule.

Les livres, évidemment je les regarde, ça parle d’économie, histoire, politique, mais évidemment rien qui me fasse spécialement envie pour lire – les vieux zinzins qu’on aime sont sur la galerie, avec l’échelle. On n’imagine pas nos sénateurs rebondis grimper là-dessus, mais j’ai toujours aimé ce mobilier spécifique à l’accumulation des livres, c’est une des raisons de cette rubrique.

À noter sur les tables les petits blocs de bois avec papier à en-tête, suggérer qu’on s’installe parmi les livres pour écrire, et on n’a pas trouvé pour ces moches ordinateurs de service l’équivalent du sous-main cuir. Mais il y a la wifi, y compris avec accès visiteur dont le mot de passe venait de changer, celui d’avant – tout minuscule – c’était victorhugo comme le buste qui nous fait les gros yeux à l’entrée.

Par contre, sur la paroi opposée à la vue sur jardin, beaucoup aimé ces portes dérobées. On trouverait bien des pistes de fiction avec ça.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 15 septembre 2012
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