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journal | avantage des photos bizarres

Ce n’est pas que je cherche des thèmes pour alimenter un journal. Ce qui me plaît, c’est comme ça, dans les fins de journée, ce moment où on prépare le lendemain, où on range ce qui doit l’être, et qu’un petit point d’arrêt se fait : un petit bout de pensée qui ne sert à rien, pas la pensée travaillée (plutôt : qui sert à travailler), juste une inflexion, mais si on se donne ces 8 ou 10 minutes pour écrire à son propos on trouve les 10 lignes qui étaient ce point d’arrêt, et qu’on ne saurait retrouver si on attendait, ou si on laissait filer. Ce qui d’ailleurs est en partie le cas, puisque le principe d’un tel journal, au bout de plusieurs années, c’est qu’on ne le relit pas, ou alors juste via le petit bouton hasard ci-dessus, et que même le moteur de recherche du site peine à en isoler un fragment. Donc là quoi : au moment de fermer Lightroom, un bizarre cadrage de chaises devant vue sur ville. Sur le moment, l’impossibilité de se souvenir de plus. Évidemment, un peu de concentration et reviennent le lieu précis, l’heure et la circonstance, et pourquoi la composition est comme ça. En même temps, l’ouverture : bien sûr c’était un tableau, un mauvais tableau. Bien sûr aussi, un moment, ça s’était fondu, la perspective, le bâtiment industriel au bout, sur tant de souvenirs qu’on a de cette ville, et la pulsion d’y revenir. Ce qui était le point d’arrêt, c’était l’idée qu’il y avait si peu à franchir pour entrer dans ce paysage urbain représenté, et d’avoir oublié le mauvais tableau. Ce qui est bizarre avec les photos bizarres, c’est comme elles peuvent parler autant plus que les autres. Et qu’on ne les retrouve que par hasard, protégées par leur bizarreté même. Logique de lui donner son petit instant en ligne.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 30 janvier 2014
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