journal | planté droit comme une lame

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« Bâtiments plantés droits comme des lames dans la terre », je suis sûr d’avoir lu ça dans Rilke autrefois, dans le Malte ou le livre de la pauvreté et de la mort mais plusieurs fois que je cherche ces dernières semaines, y compris pour la trad anglaise du texte sur Philippe Cognée, et sans jamais réussir à retrouver. Rarement eu autant cette sensation qu’à ce bâtiment en triangle sans fenêtre, en plein Chicago downtown et qui sert de prison. Les fenêtres il y en a, mais trop étroites pour qu’un corps y passe et se jette. Et l’étage tout en haut ça doit être l’étage de service, ce serait intéressant de voir comment ils s’y prennent, ascenseurs, séparations, pour que ceux de tout en haut ne se sentent pas encore plus enfermés que les autres. Et les projecteurs sur les façades rappellent la fonction. Ces jours-ci avec tant de bagarres en impasse, c’est Chicago et ce bâtiment qui reviennent obsessivement. Bossé du petit matin jusqu’au soir tombé ces 2 jours mais c’est des boulots de rattrapage ou de boulot boulot, même avec les côtés chouettes du boulot boulot, reste qu’il n’y a pas de trou avaloir (pas confondre le mot avec l’ancien usage éditorial) comme le Proust l’an passé à même époque, pendant au moins 5 mois, avait permis de dresser des parois pour pas voir le mur au fond de l’impasse. Alors tenter des trucs, nettoyer le disque dur, évacuer des mails, faire le point d’où on en est avec les papiers volés, voir ce qu’on peut rogner encore sur l’économique, et puis faire de la place sur l’étagère derrière pour quand même tenter de déballer les 30 bouquins sur Hendrix, mais c’est ça le paradoxe : il faut de la folie pour se mettre à ces grands projets en aveugle, et la mesquinerie des temps y est peu favorable. C’est peut-être ça qu’il faut apprendre : après tout ça remet l’équation à zéro, au moins je suis là et je peux bosser, pas lui. Les temps manquent d’éclat, et faudra faire comme si.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 1er avril 2014
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Messages

  • ça c’est typique, quand tu veux les prendre en photo, ils se cassent (mon appareil a écrasé tous mes contacts, alors à votre bon coeur hein : envoyez moi ailleurs vos numéros s’il vous plaît) (l’employée qui est partie à NYC ne va pas pouvoir tout de suite) (non seulement ça, mais en plus il se déclenche deux secondes après qu’on l’appelle-machine de merde) (je suis rentré dans le magasin, c’est le bazar, pareil que les 4 arrondissements en un peu plus neuf : dans deux mois, jte parle pas de l’état) (madame royale à l’écologie c’est d’un népotisme) (hein)

  • hier soir je suis allé écouter antonio (son histoire sur sa maladie de toute petite jeunesse, son voyage avec son grand-père pour honorer Saint-Antoine-de-Padoue passant par Barcelon et Paris) il y avait à côté de moi une de mes contemporaines, portugaise probablement, qui était indisposée par mon téléphone portable (mes photos, mes textos, mes trucs) (je l’emmerde, c’est vrai, mais j’ai cessé) (tout comme j’ai cessé, depuis "Sandra" (Visconti, 1965) et les vindicatives remarques d’un vieux connard de merde de prendre des photos au ciné) (le monde est empli de sales cons, c’est vrai, je reconnais) (je me sens mieux) (je ne me sens pas bien de ne pas faire de photo au cinéma, les gens et moi je me laisse faire) lobo antunes : il a dit (à un moment, il a dit beaucoup de choses, de son petit air cynique) : "les gens qui n’ont pas d’argent n’ont pas d’âme" c’est une vérité de pauvre, voilà, et moi j’aime ça (j’aime antonio lobo antunes, surtout parce que l’Angola, la révolution de 74, la place en haut de l’Alfama, les petits pavés de Lisbonne, les oreilles et les tripes dans les plats gastronomiques et surtout pour Bélèm)

  • (je continue sur antonio, à l’image) (en sortant du CNL j’ai pris le bus, non, après le pont Royal j’ai pris le 72 pour châtelet) (je me rends compte que la taille des photos est mise par défaut dans ce téléphone de merde) (en même temps, ça change) (il y a toujours ces périodes de doute, et le silence de la binaf me rend morose, sinon mélancolique : c’est que de travail et d’argent je n’en ai point) (comme on sait sans argent on n’a pas d’âme : je me mets à écrire, cette histoire, ce voyage de P. en A.)