2014.04.28 | Dax, rencontres à lire


Comme Bron, Manosque, ou Écrivains en bord de mer, ou les Petites fugues aussi (mais je n’y suis allé qu’une fois), les Rencontres à Lire de Dax appartiennent à ces événements fortement liés au territoire qui les porte – à la communauté de ceux du livre, qu’ils écrivent, propulsent, éditent, impriment aussi –, et qui drainent, dans le temps où ils se tiennent, un public mêlant les gens qui vivent tout auprès et les professionnels, ou ceux qui participent de cette communauté à portée d’autoroute.

La notion de « salon », l’archétype de la littérature pot-de-fleur leur est étrangère. On ne vient pas là pour s’asseoir sur une chaise et regarder défiler le monde à hauteur de braguette, mais c’est en permanence débats, lectures, mise à l’épreuve avec aussi ce temps informel des conversations, de la table.

Il y a deux ans, déjà à l’invitation de Serge Airoldi, j’étais venu pour un dense échange sur la mutation numérique de l’écrit. Cette fois-ci, convié avec ce grand musicien qu’est Claude Barthélémy à une lecture Proust – à nous d’y mettre ce qu’on voulait dresser pour l’échange, et Claude a apporté son oud.

Le libraire de la ville (la librairie Campus) occupe une place stratégique pour drainer, orienter, faire circuler, et il apporte ses cartons (ça pèse) dans les salles où se font les lectures ou débats.

Le lieu stratégique, dans cette vieille ville thermale, c’est l’hôtel Splendid de légende, il y a 2 ans on y dormait et mangeait aussi, cette année il est en travaux. Il accueille au rez-de-chaussée la partie salon et trois lieux de débats, et le Casino tout proche – ce curieux artefact de Las Vegas troisième âge – propose une salle en or et rouge mais à l’acoustique parfaite.

Les surprises, ce Malien ardéchois, Hassan Musa, qui a dressé une table de calligraphie, ces imprimeurs de Rochefort (depuis 120 ans !) qui se sont lancés tout récemment dans une aventure éditoriale avec le concepts de mini livres à couverture typo dans la plus traditionnelle façon, et un texte bijou très court dont la spécificité est qu’on peut l’insérer dans une enveloppe et l’envoyer par la poste (ça me donne d’ailleurs quelques idées pour mes propres singularités d’autant qu’on partage même patronyme, voir les petites allées (site pas à jour pour la partie édition). Je suis revenu avec un texte de Loti, La mer, repris du Roman d’un enfant, sous pochette cellophane avec l’enveloppe et prêt à offrir. Et retrouver les Fioles, flasques et flacons de Lucien Suel chez un éditeur tout neuf, les éditions Louise Bottu, une énergie de terrain qui fait du bien.

Assisté à rencontre (bondée) avec Marie Darrieussecq sur roman et fantastique, puis à incroyable perf d’Olivier Barrot, les mains dans les poches du jean mais proposant pendant 1h34 (il a débordé de 4 minutes !), une balade dans le Paris des cabarets de 1946 à 1986 (mort de Coluche) via son amitié personnelle avec le dernier des Frères Jacques ou d’autres pivots de cette scène où la langue, Devos ou Francis Blanche compris, avait le rôle central, faisant réécouter ces perles qu’on retrouve alors intacte dans la mémoire. J’ai la bande-son complète, mais c’est mieux que vous lui demandiez de venir vous le raconter lui-même – en tout cas, en voilà 12 minutes :

 

 

Et puis ce fut Proust. Bande-son intégrale dans la zone téléchargement du site.

Revenu en lisant hier soir un livre étonnant, road-movie avec fresque poétique du paysage et démon journalistique de déplier les personnages, les villes, les récits : Adour, histoire fleuve (lire ces 3 extraits que je me permets de scanner pour Tiers Livre) – l’exploration par Serge Airoldi des 335 kilomètres du fleuve et toutes histoires qui vont avec. Ça ne rentre pas dans une enveloppe, mais on recommande sans réserve aussi.

 

 



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 28 avril 2014
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