journal | Pifarély voyage (ou de l’artiste chez soi)

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stage, 2ème jour

Bonne surprise ce début d’aprem, Pifarély qui envoie un twitt d’Orléans, sur l’autoroute, et 1 heure après il est là devant tasse de café. Je ne suis pas encore habitué, quand on se voit, à ce que ne soit pas pour une répèt, une lecture, un projet. Et ça ne rend pas forcément l’amitié civile facile, quand on est habitué à cette exposition du boulot commun, qui ne laisse pas beaucoup de vêtements sur soi. On parle des copains, on parle du boulot comment on le fait – pas ce qui en sort, mais ce qui en est de nos journées. On parle aussi de nos agendas : en fait, pile 10 ans qu’on se connaît. La casse culturelle – amorcée il y a 4 ans mais aucun rebroussement constaté ces 2 ans – on a d’abord cru que c’était seulement une passe noire, les budgets qui sautent, maintenant on comprend que c’est plus structurel – la société du divertissement, de la concentration sur les produits industriels. On n’a pas de lecture commune à l’horizon, et pourtant on a toutes les forces intactes, on veut aller plus loin. Est—ce que c’est pareil pour un musico et un plumitif ? Bien sûr, le rythme des disques pour lui, des livres pour moi, c’est une respiration plus profonde, elle ne cesse pas (mais reporté d’octobre à janvier, ce disque violon solo qu’on attend tous comme une marque d’étape, et que Dominique a fait avec ECM). C’est la nature aussi des invitations qui change : moi pas vouloir bouger pour table ronde, moi pas envie atelier lycée trois couloirs et puis au revoir. Les rendez-vous qu’on souhaite, ceux qui nous mettent en travail, c’est ceux où on transpire dans le temps de la scène, dans tout l’amont qui y conduit, et dans l’inéluctable qui est chaque seconde. C’est ça qui nous ramène transformé du dedans à l’autre respiration, la profonde. On a quasi le même âge, avec Dominique, et on est quasi entré dans la vie professionnelle en même temps. Cela veut dire que pour lui, il y a 20 ans, c’était jouer toute l’année au moins une fois par semaine, plus les tournées et l’étranger. Dominique est un musicien de stature internationale, il a des concerts et des commandes : mais si c’est jouer une fois par mois, le fond de cette respiration corporelle change. Pour moi, les indicateurs c’est que pendant des années, de Moncton à Kyoto via Seuilly ou la villa Médicis, il y avait 4 ou 5 fois par an l’occasion de lire/parler Rabelais – entre autres (mais Rabelais c’est une sorte de permanence, qui s’affine et s’approfondit avec le temps comme Dominique quand il vous joue Bach dans les loges, ou Grappelli d’aiileurs) et ça serait fini ? Ça ne l’est pas pour moi. Bien sûr il reste des choses sur l’agenda, mais c’est une bascule qui concerne encore plus les lieux qui nous accueillaient. Alors bien sûr, pour moi le web, le web, le web. Je parle à Dominique de ces take away show qui me paraissent une forme nouvelle, au-delà du teaser, et rien à voir avec la mauvaise captation vidéo. Belles choses reçues de Piers Faccini ou Gaspar Claus : s’y mettre nous aussi. En tout cas, pour l’écriture c’est ma route, et ce journal c’est ça aussi, le petit moment d’impro du soir on y prend goût. Ces derniers jours, suivi de près le monde très singulier des musicos acoustiques aux US, et comment s’associe la présence perso et pro sur Facebook, les interventions YouTube, les juxtapositions de groupes et formations, et la façon dont s’associent les concerts et les workshops, ou leurs summer camps – s’acheminer vers des actions individuelles de littérature, tunnel en cours, et je viens de commander une grande toile noire non réflexive de 3 x 6 m, même sans savoir encore avec précision comment je m’en servirai. Mais non, pour un musico et un plumitif, ça ne peut pas être pareil. Sans parler du boulot que c’est pour eux, quand il faut porter une formation de 9 zigues ou même seulement son quartett. Je rendais cet aprem (du moins, s’y être recollé dès le départ de Pif, mais c’était prêt) un gros dossier concernant le boulot Lovecraft : ça a commencé il y a 4 ans, et je crois bien que ça m’implique pour au moins les 2 ans qui arrivent – il y a tellement de choses ici autour de moi qui sont sur rythme lent, dont les livres sur les murs sont la preuve ou l’attente. Lui, Dominique, il me dit que sans la scène ce n’est pas pareil : le quotidien même n’est pas pareil, le temps profond n’est pas le même. Attention, il ne le vit pas mal, je ne l’ai jamais vu en si grande forme, mon Dominique. Et il n’est pas un cas particulier : à nous deux on en connaît, des musicos, des plumitifs, on voit bien ce qui en est aussi des calendriers des copains. C’est ce changement plus profond qu’il faut définir. Alors, lui, Dominique, il a une solution : il voyage. Partir deux semaines là ou là, ne s’occuper que sur place du billet retour. Liban, Réunion, Bruxelles, Rome, il n’est pas en peine de trouver un hébergement et des rencontres, quand on porte avec soi l’étui à violon et qu’on en tire ce qu’il en tire. Quand il reviendra, l’échéance du concert se sera rapprochée, il aura retrouvé le temps intense. C’est ça qui me restait, après son départ, jusque dans l’au-revoir quand il est remonté dans sa petite bagnole, le violon posé sur le siège arrière comme s’il était le chauffeur d’un ministre (enfin bon, on n’y croit plus trop à ce mot-là). Pour moi, le quotidien à rester ici, dans ma petite thurne avec les bouquins, et mon ordi sur son pupitre Thomann pour bosser debout (ça il l’a remarqué tout de suite, le Pif), pas trop de pulsion à aller chercher le monde du dehors – et l’énergie bonne pour quand il sera temps de retrouver le chemin du cergyland (d’ailleurs le flux mail et textes commence à se refaire, ça aussi c’est de la bonne énergie – pensée pour Antoine Emaz dont c’est toujours l’expression favorite). De la casse culturelle dans la société de divertissement, on a passé le cap du deuil, voire du désarroi : on se réorganise, on s’arme (voir ce qu’il en dit aujourd’hui même dans Politis). Mais pour le musico, non c’est pas comme pour moi : c’est pas fait pour rester bosser à la maison, ces bestiaux-là.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 28 août 2014
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Messages

  • (première mise en circulation-comme on dit- août quatre vingt treize-comme dirait Victor H- plus de 20 ans, plus de deux cent dix mille kilomètres) j’allais la chercher ce matin pour conduire chez ce faiseur de meubles à monter soi-même deux de mes amis, et voilà : rien. Pas même le voyant qui clignote de l’antivol, t’as qu’à voir ; la batterie était naze ; tant pis ; remonté vers la rue des Pyrénées, nourredine m’a dit "je l’enlève de toute façon ça sert pas à grand chose" il parlait d’un petit carter devant le ventilateur ; je lui ai dit "je vais aller faire un peu de monnaie", il m’a dit "pas question, non, ça va roule", et il a rigolé ; je suis reparti, pris la rue du retrait, je crois, celle de mùénilmontant, posé la caisse au garage (la batterie rechargée) j’avais laissé la porte mal fermée, la lumière de l’habitacle était restée allumée ; j’ai refermé la porte, on ira peut-être demain (à l’image, une lumière dans le garage)

  • (je ne sais plus où, ici, on disait "ne parler que de son enfance, des voyages et de soi"- quelque chose dans le genre- alors bon, c’est vrai que le journal a quelque chose d’un petit moment d’impro) (pas le soir en vrai ça, ça a un peu changé, peut-être un moment) (pas de deuil, ou alors toujours les mêmes) les roses de TNPPI qui me raconte des choses étranges ; son esprit, son regard, ses bras passés derrière sa tête, allongée sur son lit "alors tu viens me voir à l’hôtel ?" elle rit "les roses, vraiment c’est toi qui ... il ne fallait pas", et elle me sourit aïcheuk, je me lève je m’en vais (sur l’un des deux lits qui font l’un des angles droits dans la petite pièce d’entrée, l’une de me soeurs alitée tournée vers le mur, l’article de la mort, couverture sur la tête, "qui c’est ? " demande TNPPI, je le lui dis, elle fait un geste du menton, m’embrasse "tu es bien, tu es très bien" me dit-elle ; elle m’envoie un baiser de loin, de très loin, le bout du couloir...)

  • (une photo, c’est toujours un peu de la chance, ici, il est juste devant moi, on dirait qu’il parle avec quelqu’un, mais non, il est seul et fait son espionnage des autres boutiques concurrentes, les autres bazars -là il passe devant le pakistanais- je ne suis pas sûr qu’il soit de cet endroit du globe ; on remarquera les tongues quand même - même s’il en vend, c’est un gimmick les pieds nus) je cherche du boulot, mais le samedi fin août c’est pas le moment (hier soir "party girl" (Maria Amachoukeli-Barsaq, Claire Burger, Samuel Theis, 2014) (y’a un film de Nicholas Ray en français Traquenard, en américain "party girl" qui n’a rien à voir) l’histoire d’une entraîneuse qui n’arrive pas à se ranger-dans les soixante piges- je dis ça pour l’hôte, et moi vu que j’ai le même âge- le film est pas mal, le fils qui est l’un des trois réalisateurs apparait dans son rôle : genre Hitchcock)