journal | la vie sous les ponts


C’était une chanson que chantait ma grand-mère, Sous les ponts de Paris. Quand le RER ralentit avant Nanterre Préfecture, les voies se dédoublent selon qu’elles vont à Saint-Lazare ou La Défense. Sous les alvéoles et le grondement du béton, les tentes à même le ciment et le campement de ceux qui n’ont rien d’autre pour vivre. Cela surgit grand écran à la fenêtre du train malgré les gouttes et zébrures de la pluie, chaque fois. J’ai mis l’appareil en mode rafale, six alvéoles, six images, la même plaie. Au-dessus, côté La Défense, les tours Areva, Total, EDF et les autres. On ne sait pas trop, soi-même, transbahuté dans le train, qui dispose d’un lit et d’un toit, de quel côté on est. On sait quand même, radicalement, que c’est plutôt de celui-ci.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 8 octobre 2014
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Messages

  • (refait la photo, aujourd’hui, mais elle est pas au point- pas de lumière fait moche, tant pis) j’ai repris le faubourg (pfff il est temps plus de six semaines tu parles d’un boulot que je fais) je réponds à un appel d’offre du ministère des affaires sociales (quel intitulé jte jure) sur les invisibles sociaux (jt’en parle pas) j’ai envoyé le dossier à la fleur p. là (j’ai pensé que le/la fonctionnaire qui va le recevoir va le foutre direct à la poubelle comme ils ont foutu direct à la poubelle mes deux mails, jte jure, on se croirait dans balzac, avec les courbettes et les allers et venues chez les puissants de ce monde) (juste envie de gerber) je continue quand même, ménage toilette razage pas de boulot, pas de sous, je regarde la rue vide, jvais acheter une baguette (heureusement jte retrouve) et je continue mon bazar (mais le moral est bon tu vois)

  • (pour le moment je n’ai pas de crabe - la médecine parfois ose nous dire qu’un sur deux d’entre nous en périra) (à l’hôpital, je crois que la statistique indique que nous serons 4 sur 5 à y finir) (c’est gai sinon parfois, la vie) c’est l’image en allant voir "Still the water" (film magnifique : une merveille, d’ailleurs Naomi Kawase est une femme bien) (jl’ai déjà dit ici, je crois, mais je le redis parce que c’est vrai et c’est rare) (la mère de la jeune fille est chamane - la transe et l’extase et la communication avec les dieux : c’est quand même du joli- vraiment) (les mots me viennent d’entendre Annie Ernaux dans le poste : comme elle aime, comme moi, les chansons, je l’aime bien cette femme-là, même si, par rapport à la photo j’ai été vaguement heurté par son bouquin à quatre mains (en même temps, elle raconte pas mal de conneries avec la tricherie, tout comme le roland d’ailleurs, mais bon on s’en fout) (barthes je veux dire)

  • c’était déjà avant hier, elle me dit : "vous êtes anoblis par mes messages" ; elle sourit ; "tu as des enfants n’est-ce pas ?" elle prend son petit tigre en peluche "il faut bien, c’est toujours ça" ; elle sourit encore, elle pense à son père, à elle-même "quelle chance elles ont d’avoir un père comme toi", ses bras derrière la tête "eh oui je suis encore là", "merci pour les fleurs, ça enjolive ma vie tu sais, tu es un garçon merveilleux" elle sourit "je te raccompagne" elle se lève "non vraiment enfin je me suis levée", elle me prend le bras, "je te présente mon fils" dit-elle à ma soeur casque aux oreilles, elle me fait un clin d’oeil, je l’embrasse toute fine petite et maigre elle me fait au revoir de la main, elle touche une nappe dans l’entrée "ah ça c’est malou qui l’a brodée" elle sourit "au revoir aicheuk"

  • c’est Fred Wiseman qui était là après les 3 heures (on a l’habitude des fleuves, et celui-là est plutôt assez court, tout en étant assez long) de son film "national gallery" (soit "musée national") des peintures, des explications,d es histoires, des rénovations réparations des publics et des administrateurs : une merveille (à la question "quelle est votre stratégie pour que els gens semblent ne pas vous voir alors que vous les filmez", il répond "c’est à cause de mes grandes oreilles" - le type est né en 30, 84 aux pelotes, et toujours aussi marrant) (ne répond pas aux questions mais parle très bien français ; ne comprend pas bien ce qu’on lui demande mais demande qu’on le lui traduise, prend son temps, répond parfaitement, mais à côté toujours : on l’adore)

  • (le cirque plume a trente ans : jeudi soir, on a été applaudir, rire et pelurer comme on aime) (les Kudlak-fondateurs historiques de cette magie-là, écriture mise en scène scénographie direction artistique-ya aussi son frère Pierre ou alors c’est l’inverse, je ne sais plus- jcrois que c’est Pierre qui présente- sont là et Robert miny (le maestro historique, décédé en 2012) y est encore un petit peu) Une merveille, durant trois mois à la Villette (salle comble, ovation, on les aime) (mention spéciale au clown sur sa boule (magnifique magnifique magnifique) Mick Holsbeke) (merci à MdBC pour les places)

  • (je commence une série, mais je n’ai pas la tête à ça : finance, habitat participatif, travail, ménages et indivision, sans compter le reste qui me blesse- la vieillesse, celle de TNPPI, vivement la mort etc...- mais n’importe, je continue) (jte parle même pas de l’écriture qui a à voir avec tout ça) (non plus que de livrunivers qui n’a pas l’heur de plaire à quiconque, j’attends comme d’habitude, c’est une attitude professionnelle, certes, mais jamais sans action) la contrainte, c’est de se trouver dans le métro devant la porte et de déclencher quand la rame s’arrête et que les portes sont ouvertes (je ne sais pas si on est au courant, là derrière, mais de nos jours, toutes les portes d’une rame s’ouvrent à tous les arrêts) (moi j’aime les rames vertes et rouges et merdaucons) (ça facilite le travail de l’opérateur paparrazzo) on voit ici l’usage intempestif et intarissable de mes contemporains pour les dispositifs électroniques (d’ailleurs, si elle même faisait la photo ce serait aussi un même usage intarissable et intempestif)