d’un roman-lieux | nous n’avions rien vu à Montauk

au pays du Memory Motel



MAIS QUELLE EST CETTE RUBRIQUE ? (SE REPÉRER)
une autre page images, au hasard (depuis 2005) :
...et arbres qui fument

On était resté 2 semaines à New York, on avait sous-loué ce studio dans une tour Bleecker Street, mais sûr, on ne savait pas ce que c’était voyager en Amérique, et cette distorsion toujours du changement d’échelle. Montauk était un nom de légende, on avait voulu aller à Montauk.

Deux heures de train pour y aller, en partant de la Penn si je me souviens bien, et autant pour revenir. Mornes traversées boisées. Puis, une fois là-bas, les voies qui buttent en impasse, des baraques, je crois qu’on avait pris un bus vers la mer.

Il était là de suite, le Memory Motel. Un de ces histoires qu’on connaît par coeur, les Stones qui enregistrent à New York – on est dans les années 70 – puis vers 5h du mat, l’heure où ils finissent habituellement, l’idée d’une virée en voiture jusque vers la mer à Montauk. Et, depuis lors, Memory Motel c’est aussi le titre d’une de leurs chansons, sur Black’n Blue.

Si c’était à refaire (et on refera ?), bien sûr il aurait été tellement mieux de prendre le métro jusqu’à Brooklyn, louer une voiture dans une des officines de Flatbush. Alors on aurait pu longer les plages, aller jusqu’au phare tout au bout (quoiqu’on ait vu désormais celui de Cape Cod peint par Hopper, et leurs frères de la côte Ouest plus sauvage), et même si, dans les petites routes qui vont plus loin que Montauk, les étroits chemins qui mènent aux maisons des riches, entre dune et forêt, ne laissent rien voir. Andy Wharol et les autres n’ont jamais été embêtés par le tourisme.

Les stations balnéaires désertes l’hiver, quand on est de l’ouest on les connaît, on y est sensible. C’est une chance que sur Google ils aient attendu la neige pour aller y voir.

Mais là on était en juillet, ç’avait été une journée pour rien : on n’a rien vu, en fait, de Montauk. Bien moins qu’en reprenant les rues depuis Google Street View. Reste ce mystère : en voyageant ici par les images toutes faites, c’est soudain Montauk en hiver, un Montauk distant et vide comme il l’est dans la mémoire. Ce n’est pas Montauk que j’arpente, mais bien cette journée où – piétons perdus – nous étions venus sans voir.

 




François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 1er mai 2017
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