2019.07.11 | « je n’aime que la nouveauté extrême »

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Ces deux heures samedi à l’expo Berthe Morisot à Orsay. Il n’y a pas si longtemps, à Orsay (dont le patron de l’époque m’avait vendu, quittant la villa Médicis, une Mobylette qui n’a jamais voulu marcher, mais ça n’a rien à voir), on ne pouvait même pas sortir un appareil photo.

Une de mes anciennes étudiantes Cergy, l’exceptionnelle Constance Sorrel bossait là-dessus récemment : dans les lieux où il est interdit de photographier, tenir ostensiblement l’appareil objectif vers le bas, mais photographier tous les sols.

Maintenant à Orsay on peut photographier. Au point que tout au long de notre visite, quasiment synchrone, un grand pingouin déclenchait un gros Nikon devant chaque tableau, sans rien regarder, avec un bruit de déclencheur genre boîte de conserve.

Mais des 160 toiles rassemblées — pour la première fois, et c’est immense —, un bon tiers font partie de « collections particulières » c’est-à-dire que les équipes d’Orsay ne se sont pas contentées d’aller négocier avec les musées les plus perdus des States (puisque c’est là-bas, exclue des « salons » pompiers ici, qu’elle vendait), mais se sont fait ouvrir les coffres des banques qui spéculent sur ce qui n’a pas de valeur, le geste de rage, colère, beauté, invention qui ne sera jamais de leur monde.

Alors on se rend compte qu’on ne connaît pas ce qu’on croyait connaître. On se rend compte que c’est précisément peut-être cette radicalité de l’invention qui séparait Morisot de son beau-frère Monet et de tant de leurs amis hommes mieux considérés par l’histoire ultérieure. Les frères Monet, eux, ne s’y étaient pas trompés. On aimerait en savoir plus sur les deux soeurs de Berthe Morisot, toutes les deux peintres aussi, et toutes les deux qui ont « renoncé ».

On commence juste d’apprendre tout ce qu’il y a à réinventer de notre propre histoire, maintenant qu’on a assez de matière pour recomposer ce qui était d’emblée repoussé du coude, comme ça l’est trop souvent encore, par les cloisons de l’idéologie. Cette façon de faire sourdre la toile depuis ses bords laissés flous ou non peints, ça en laisse pas mal derrière, de ces messieurs.

Le type au Nikon, à trois clichés par tableaux, qu’est-ce qu’il va faire des cinq cents clichés numériques qu’il aura rapportés ? Dans chaque salle, une employée de la RMN est là pour redire à voix haute, voire très haute et impérative, toutes les trente secondes : — Respectez les pictogrammes !

Parce que les toiles en provenance des musées, on est libre de les photographier, mais celles en provenance des banques on est censé ne pas le faire. Le type au Nikon s’en moquait bien, comme du personnel qui le rappelait sans cesse à l’ordre. Moi aussi, avec mon appareil qui ne fait pas de bruit, j’ai emporté quelques clichés des toiles interdites, juste pour leur dire m... aux accapareurs.


LES MOTS-CLÉS :

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 11 juillet 2019
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