2007.12.30 | Civray 2003, il y a du neuf ?


Je suis conscient que cette page ne va pas plaire à tous : la dépopulation rurale, on la combat tous, on se heurte tous à cette désaffection d’une immense partie du territoire au profit de métropoles dont les problèmes ne s’arrangent pas pour autant.

Si je mets ces photographies en ligne, alors que depuis 2003 elles dorment dans mon disque dur, c’est parce que souvent mes rêves me ramènent à ces endroits de la rivière, du dédale des vieilles rues, ou sur la traversée du pont, route de Ruffec.

C’était début 2003. Je n’étais pas revenu à Civray depuis 2 ans. Il s’agissait alors, après le deuil, de vider la maison pour la vente. Ma mère, qui arrivait en voiture du sud alors que j’étais venu de Tours, sachant pourtant qu’on se retrouverait là, me voyant au bord de la route à un endroit imprévu a cru voir mon père, et son hallucination l’a secouée : je sais, 2 ans après, que je pensais fortement à cette illusion, et ce qui la fondait.

C’était après ce texte Civray, ville complète. J’étais avec Jean-Luc Terradillos, ami et complice : lui non plus, ou Xavier Person qui m’avait ramené (littérairement) à mon territoire d’adolescence, pas question de dire qu’ils ne l’aimeraient pas, ce pays. J’avais un tout petit Olympus bas de gamme, mon premier numérique : ci-dessous photo faite par Jean-Luc, puisque toutes les 32 photos je devais brancher mon câble USB et transvaser les images dans le Mac coquillage (que j’aurais dû garder au lieu de le revendre, tiens : c’est sur cette bécane que j’ai rédigé ma bio des Stones).

J’ai fait des images qui me paraissent à moi-même violentes : parce que j’étais confronté, en court-circuit, non pas à un moment d’évolution lente, mais à un choc de 30 ans en arrière. J’allais, emmenant Jean-Luc, et photographiant ces lieux qui sont ceux récurrents de mes rêves. La ville active s’est probablement transportée ailleurs : je cherchais la trame silencieuse de la mienne.

La transformation d’une ville est un processus délicat : réhabiliter en logements sociaux les vieilles maisons du centre-ville (comme à Melle), ou bâtir de nouveaux lotissements ? Consacrer des fonds publics pour maintenir la librairie (elles ont fermé, même s’il y a toujours la maison de la presse), aider l’association qui rénove le cinéma (ici, à l’abandon : ce n’est plus le cas) ? Il y a tout un tissu local actif, bibliothèque, théâtre, et tant mieux. D’ailleurs, je suis revenu à Civray.

Mais le siècle est ailleurs : on inaugure, à 6 kilomètres, un véritable port routier avec site Internet en anglais, on promeut à grand renfort de publicité, comme le Futuroscope en voie d’obsolescence rapide (et c’est triste), aux bords de la ville, sa Vallée des singes.

J’ai des questions. Cette page n’y répond pas. Il semble que tout prenne désormais, dans le vieux pays, un autre essor : au prochain rendez-vous des municipales, j’y serai attentif — et tellement respectueux de ceux qui, sur place, retroussent les manches, pour tout ce qu’on a en partage.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 30 décembre 2007
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