2020.03.12 | mauvais côté du cimetière


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J’exagère : il n’y a pas un bon et un mauvais côté du cimetière, sinon cette rue perpendiculaire à la rue Froidevaux et qui le coupe en deux parties inégales. Mais celle-ci est plus rude, ombreuse et un peu délaissée, malgré le monument aux Fédérés.

J’en parlais hier, j’y venais saluer Maupassant, mais le trouble vient de ce que j’interviens à l’école Camondo, pour vous situer c’est en face la fondation Cartier, tout droit à l’aplomb de la tombe de Joseph Kessel, et que lorsqu’on travaille avec le petit groupe des 1ère année qui ont choisi cet « électif écriture » j’ai toujours l’impression qu’on a les pieds dans les tombes.

Il y a une plastique de ces statuaires, mais c’est aussi l’image du travail au quotidien : ce sont des Moldaves qui mettent au trou et bétonnent, disent « Davaï, davaï ! » quand descend la bière anonyme sous les cordes.

J’ai revisité le général Hinstin, auquel Internet (et Patrick Châtelier) ont donné une si célèbre et internationale postérité : le visage continue lentement de se défaire.

J’ai raconté comment Joseph Kessel avait été dans mon enfance une rencontre déterminante. Moi qui ne peux retenir les visages, j’ai en moi gravé le sien à jamais. Je l’aurais bien dispensé de cette inscription de l’Académie française, mais je ne sais pas qui décide de ces choses-là : sa tombe ne ressemble pas à ses livres. C’était pourtant important que je vienne, à trois pas d’où on venait de finir, de l’autre côté du mur, notre atelier d’écriture.

 

 



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 12 mars 2020
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