2020.08.02 | ce que lisent les livres la nuit


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J’ai pu entrer. Il y avait peu de lumière. J’ai laissé l’appareil faire. Très vite. Une vingtaine de photos. Tu as le droit ou tu n’as pas le droit ? Tu le prends, parce qu’alors tu voyages dans l’intérieur de toi. Et tu voyages aussi dans le manque de l’intérieur de toi. C’est une sensation trouble. Le terme bibliothèque sera toujours lourd de tant d’ambivalences. C’était cet après-midi, maintenant c’est la nuit et pourtant je m’y enfonce encore.

Tu ouvres en toi chacun des livres que tu portes dans ta nuit, ta nuit intérieure : les fictions les plus assidues à pénétrer la nuit sont celles qui se suffisent d’un livre. Parce qu’elles disent qu’on ouvre un livre, parce qu’elles te donnent l’exacte illusion que dans la caverne à livres tu as ouvert un livre, enfin que tu marches dans ce livre.

J’ai réussi à échapper. La pièce visiblement s’étrécissait, se refermait. Ce sont des lieux qui n’aiment pas être mis à découvert. Qui n’aiment pas qu’on égratigne leur nuit. Dans un dernier craquement j’ai pu m’enfuir. La porte par où je m’étais glissé n’était plus visible. Savez-vous : lorsque j’ai relié à l’ordinateur mon appareil par le câble USB-C, et trouvé le dossier correspondant à l’heure exacte de l’intrusion, j’aurais facilement pensé que les fichiers-images auraient disparu.

C’est pour cela que je les publie ici telles quelles, et très vite. J’ai peur.

 

 



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 2 août 2020
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