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2021.08.26 | chercher la tombe de Bernard Stiegler à Épineuil-le-Fleuriel

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Bon, c’est pour le Grand Meaulnes qu’on avait fait le crochet par Épineuil-le-Fleuriel, et sans regret. Mais comment, longeant le tout petit cimetière sur ce terrain en pente douce, à la sortie du village, roulant vers la double écluse de la Queune (ce qu’il en reste, malheureusement c’est plutôt massacré), ne pas s’arrêter.

Il y a un an, un an exactement, que Bernard Stiegler s’est donné la mort dans sa maison, un ancien moulin paraît-il, là à Épineuil-le-Fleuriel.

Il y a les peintures de Jean-Jacques Hucleux, je les révère. Il y a la splendeur des cimetières italiens, comme celui de Gênes, il y a les peintures de Friedrich, ou ces grands parcs qu’on arpente au Québec — je n’ai pas timidité à photographier les cimetières, voir le mot-clé en bas de cette page. Lire Philippe Ariès et d’autres : une société s’y reflète en toutes ses facettes d’époque et spatialités. Sans compter l’apprentissage des noms (ah, quel livre culte ce Mastication des morts de Patrick Kerman).

Mais là il ne s’agissait pas de photographier : d’ailleurs j’avais laissé sur le GH5 l’Olympus 7-14 qui convenait mieux pour l’intérieur du musée.

Moi, ce que je voulais, c’est saluer Bernard Stiegler, au cas où il ait été enterré ici, chez lui, à Épineuil-le-Fleuriel. Il semble que ce ne soit pas le cas. Le cimetière est si petit. Alors j’ai arpenté comme j’ai pu, et fait ces photos à la volée (avec le petit écran orientable, jamais photographié autrement qu’à hauteur de ventre).

J’étais avec Bernard. C’est arrivé souvent. La première fois en 2003. C’était moins bien dans les prestations publiques. Un dur, un habitué des combats de pouvoir ou d’institutions. C’est ce côté dur ou muscle que j’aimais aussi, quand on discutait. Mais tant de fois ces dérives, à deux, dans son bureau encombré de livres. Peut-être que mon enracinement dans une autre machine, une distance à ces rouages du monde, était ce qui l’intéressait à renouveler ces discussions ensemble, où parfois je devais lui sembler étanche. Je lui dois Simondon, par exemple, ne serait-ce que Simondon.

Ici, cela ressemblait un peu au cimetière où repose Gilles Deleuze, à Saint-Léonard du Noblat (il y a 2 ans, il était encore dans l’annuaire téléphonique de la petite ville limousine).

Alors donc j’ai photographié et marché, et je n’ai pas trouvé la tombe de Stiegler. Au lieu de ça, pendant tout ce bref moment, il y avait sa voix, ces conversations, le temps dans sa mezzanine bureau qui s’obscurcissait dans le soir, et c’était bien : c’était lui et moi, c’était moi avec lui.

 

 


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 26 août 2021
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