< Tiers Livre, le journal images : 2023.01.05 | L'Aiguillon-sur-Mer, autoportrait en port mort

2023.01.05 | L’Aiguillon-sur-Mer, autoportrait en port mort

Autrefois, dans ces pieux fichés en vase profonde, c’était une myriade de coques en bois, toutes couleurs, encore des mâts pour voile d’appoint, et on y était souvent avec le grand-père pour démontage des treuils qu’on faisait réparer chez Fumoleau, La Ville en Bois, La Rochelle, ou soulever le capot des lourds monocylindres diesel. Ce qu’on disait « plaisance » ce n’était pas trop le vocabulaire de ces artisans du pertuis, échouant leurs barques pontons sur les bouchots à moules ou dans les parcs huîtriers. Y venir était malgré tout une gaîté. Et maintenant. Maintenant comme partout sur nos côtes, la pêche morte. L’Aiguillon-sur-Mer, des souvenirs donc d’enfance, mais pas de cette première année de ma vie, ma mère en poste provisoire d’institutrice aussi, mon père avec sa Simca 5 faisant les aller-retours vers le garage (grand-)paternel à Saint-Michel en l’Herm, six kilomètres de là, où on déménagerait l’année suivante. J’ai roulé au ralenti dans les ruelles du centre, ici le ciment même souffre du sel et des vents, mais aucune illumination, pourtant une fois on me les avait montrées, les fenêtres de cette année-là. Pour comprendre ce qui signifie avoir soixante-dix ans, dans ce moment où on commence les rangements je reviens, et c’est cela que je cherche à photographier : cette fin ici, dans les cahutes en ciment, et la pacotille des coques en plastique, qu’est-ce ça décrit de ce que je ne sais pas encore de mon propre terme ?

 

 


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 1er mai 2023
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